Beautés noires : La femme noire et le white gaze

[Trigger Warning/Avertissement : agressions sexuelles, violence, spoile]

Si vous suivez How to get away with murder, vous n’avez pas manqué la scène marquante où l’héroïne se démaquille et se dévêtit de tous ces apparâts pour se révéler à elle-même dans son miroir. Cette scène a énormément tourné sur les réseaux sociaux entre les femmes noires. Mais pourquoi ? En quoi la mise à nu d’une femme noire devant son miroir, ôtant sa perruque, est-ce significatif ?

La beauté noire a toujours été synonyme d’une laideur imposée, à l’opposée des modèles de beauté blancs véhiculés en Occident. Cette condamnation d’une beauté noire qui serait forcément laide, autre, est bien sûr l’une des productions d’un système raciste, notamment dans la représentation coloriste des diasporas noires : une femme métisse sera toujours plus mise en avant, plus acceptable selon les critères de beauté en vigueur, qu’une femme noire à la peau foncée. J’avais déjà abordé le sujet des femmes métisses dans l’article en anglais An inaccurate color, notamment sur le white passing (le fait de pouvoir “passer pour blanc” chez certain(e)s métis(se)s) et l’entre-deux des héroïnes.

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“Belle”, un long métrage qui suit la construction d’une jeune femme métisse dans sa famille blanche noble, dans l’Angleterre victorienne (2014)

C’est la raison pour laquelle je me concentrerai ici sur les femmes noires foncées, dont la couleur de peau et les traits  sont constamment érigés comme un marqueur de laideur ou comme le sujet d’une exotisation salvatrice ( devons-nous rappeler cette notion de “parti pris esthétique” que la réalisatrice de Bande de filles a dit récemment ?).

Ce qui est formidable, c’est que des femmes noires (mais pas que) ont autopsié cette “laideur noire” et ses responsables : à travers une sélection de films et de livres, voici une petite rétrospective sur une beauté noire qui nous est difficile à conquérir, par un autre regard que le nôtre. La lecture de Women, race and class d’Angela Davis a accompagné la rédaction de cet article, j’y ferai certainement référence.

1. “J’aurais aimé être blanche”: la femme noire et le white gaze

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Dans 12 years a slave, Patsey est une jeune esclave noire. Favorite du maître de plantation qui la harcèle sexuellement, elle subit alors la jalousie destructrice de la femme de l’esclavagiste. Rabaissée, maltraitée et humiliée, le réalisateur Steve McQueen  instaure à l’écran cette rivalité obsessionnelle que la maîtresse de plantation soutient : pourquoi une femme noire, qui plus est une esclave, attire son mari ? Le corps noir ne peut être de  concurrence avec la femme blanche, et pourtant demeure un fantasme exoticisé par l’homme blanc ; une mouvance qui a nourri un imaginaire occidentale, notamment en littérature avec des figures récurrentes comme la “sauvage” attirante par ses différences ethniques et culturelles et  soudainement “valable” et honorable quand elle est convertie au catholicisme après sa rencontre avec un colon (que vous pensiez à Atala de Châteaubriand ou à Pocahontas, c’est bien le même processus).

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Mais comment en est-on arrivé aujourd’hui à concevoir une validité de la beauté des femmes noires ? Comment a-t-on instauré l’esthétique de la femme noire à la peau foncée comme valeur par défaut de la laideur ?

En effet, ses traits, la longueur de ses cheveux, la carnation foncé de son teint, tout a été figé de sorte qu’il ne reste aujourd’hui que la mise en avant de femmes noires via un filtre déformant :

  • soit il est hyper exoticisant comme l’accueil des actrices de Bande de filles qui a donné lieu à toutes les métaphores exotiques possibles ( comme “silhouette féline” que l’on pouvait lire dans la presse ou encore l’étonnement problématique de beaucoup de spectateurs devant l’existence d’une beauté noire)
  • soit il est hyper stigmatisant (la presse qui sous entendait que Viola Davis avait une “beauté peu conventionnelle” du fait de ses traits et de sa couleur de peau).

Si l’on devait esquisser un point d’origine à cela, il est intéressant de se pencher sur l’essai d’Angela Davis qui remonte à l’esclavage : l’auteure explique en effet que l’identité de la femme noire esclave a été traitée comme non genrée  ; c’est à dire qu’il n’y avait pas de distinction ou de répartition des tâches entre les esclaves selon leur genre. Les femmes esclaves devaient fournir le même rendement, peu importe leur constitution ou même le fait qu’elle soit enceinte, au point que certaines accouchaient sous les coups de fouet qui leur étaient infligés lors de leurs sanctions. La femme noire n’était donc féminisée que lorsqu’elle avait des enfants (donc vu comme davantage comme une “productrice” d’esclaves) et lorsqu’elle “servait” son maître, victime d’agressions sexuelles comme l’est Patsey.

En conséquence, l’esclavagisme reposant sur le racisme, la construction de la femme noire s’est faite en référence aux personnes blanches, et donc à la femme blanche : un des meilleurs exemples est la honte et le dégoût qu’éprouve la maîtresse de Patsey, non pas seulement parce que son mari lui est infidèle, mais parce qu’il a choisi une esclave pour cela. Soumise à cet harcèlement sexuel du maître et l’acharnement de sa femme, la parole de Patsey en tant que femme noire est  niée et annihilée : sa maîtresse refuse d’entendre qu’elle ne veut pas des avances du maître, et le maître refuse d’entendre que son harcèlement ne fait qu’encourager les maltraitances qu’elle subit de la part de sa femme. Il y a notamment cette scène très forte où la maîtresse de maison se met face à Patsey, la contemple un long moment avant de griffer violemment son visage.

De ce fait, la beauté de la femme noire en tant qu’idée globale (donc indépendamment de la diversité qu’elle suppose) est constamment posée en référant face à la beauté blanche. Ce rapport de référence et d’opposition est évidemment soumis à un rapport de force ( beauté noire < beauté blanche), et instaure une valeur de la beauté noire d’un point de vue politique, sociale et économique. Quelques exemples :

  • La beauté noire n’est pas rentable : la beauté noire n’est/n’était pas rentable, elle continue d’être traitée comme étant “spéciale”, d’où un marché cosmétique qui se veut “spécialisé” et qui depuis quelques années commence à considérer les femmes noires comme consommatrices. Cette spécialisation répond à une exclusion générale des beautés autres que blanches occidentales, en témoigne notamment les qualificatifs utilisés sur certains produits (oui car seuls les cheveux afros sont “ethniques”, voyez-vous, le reste, c’est la norme). Ce même marché demeure dans une exploitation paradoxale des idéaux de beauté : celui de se rapprocher des modèles de beauté occidentaux blancs, et celui de se rapprocher d’une femme noire naturelle mais toujours aux codes stigmatisants (soit aux cheveux ni trop courts, ni trop crépus, ni à la peau pas trop foncée, loin de Patsey). Ainsi, ce marché propose dans une main des produits éclaircissants et dans l’autre, des produits dits naturels pour peaux noires. Par exemple, les gammes pour peaux noires se multiplient chez les grandes marques, prenant conscience ainsi que le nuancier de couleurs ne s’arrête au teint “hâlé”. Il en est de même avec l’engouement autour du nappy (le retour aux cheveux naturels afro), qui succède à une carence et une stigmatisation de longue date des cheveux naturels, et donne lieu à d’autres batailles de marché, sans pour autant que le cheveu afro ne cesse d’être stigmatisé dans les lieux publics et milieux professionnels.
  • La beauté noire n’est pas présentable : cette année, en France, un stewart chez Air France s’est vu mis à pieds pour la seule raison que toutes les coiffures afro qu’il faisait étaient refusées, voire sanctionnées, par ses employeurs; de même outre atlantique où une réglementation des coiffures dans l’armée américaine sanctionnait tout type de nattes ou coiffures afro, ne laissant pour option que le défrisage ou le rasage. La connotation des cheveux afro dans l’espace publique et les milieux professionnels participe à la dévalorisation de la beauté noire, en visant précisément ses caractéristiques physiques et en favorisant ce qui l’en éloigne. Pour celleux qui auraient la mémoire courte, je vous laisse quelques minutes pour vous souvenir du merveilleux accueil qu’Audrey Pulvar avait reçu lorsqu’elle avait arboré son afro.

    Et vous reprendrez bien un peu de blackface, en toute souplesse… n’est-il pas ?

  • La beauté noire n’est pas véritable : si vous aviez encore un doute après le point précédent, non, la beauté noire n’est pas vraiment quelque chose de sérieux, puisqu’elle peut être travestie, donner lieu à des comparaisons dégradantes “pour rire”; en somme, la beauté noire n’existe que dans une caricature car on peut la “porter” tel un costume, de même que l’on dit “porter l’afro”.
    Dans la même veine, la beauté noire est aussi, semble-t-il, une expérience sexuelle disposée à satisfaire un regard blanc sur la question, comme c’était le cas pour les esclavagistes : le traitement de la sexualité des femmes noires est souvent dépeint comme l’échappatoire à un monde civilisé par l’acte sexuel, c’est principalement ce qui motive cette fascination pour la femme noire comme emblème de “sauvage”. D’une certaine manière, c’est une beauté sauvage acceptable tant qu’elle reste à la disposition de ceux qui aimeraient l’expérimenter, toujours dans une dimension servile.

De ce fait, la beauté noire, comme idée globale – avec tout ce que cela peut sous-tendre, est définie par un regard blanc et occidental dans l’acquisition de sa dignité. Le refus de cette acquisition est ce qui marque une entrave à l’affirmation de sa féminité : des documentaires comme Dark Skin montraient à quel point des femmes noires foncées peinaient à acquérir une confiance en soi et d’imaginer l’idée qu’elles pouvaient susciter un réel désir, qui ne soit pas motivé par un élan raciste ou classiste, mais bien par la considération de leur être pour ce qu’il est.

Toutefois, l’acquisition de cette dignité est d’autant plus difficile quand celle-ci leur est refusée au sein même des communautés noires, notamment à cause d’une misogynie spécifique : la misogynoire.

Part 2 :La misogynoire
Part 3 : à l’épreuve d’une sororité.

29 thoughts on “Beautés noires : La femme noire et le white gaze

  1. Le (ou la) mysogynoir c’est spécifique aux communautés noires? Je pensais que cela désignait le sexisme+racisme subit par les femmes noires en général.

    • EDIT: tu as raison, je me suis trompée car je pensais que le mot était spécifique aux communautés afro puisqu’il est souvent utilisée pour dénoncer une misogynie intracommunautaire. Du coup, c’est bien une misogynie qu’il faut qualifier d’intracommunautaire dont je vais parler🙂 merci pour l’update.

  2. Sacrilège! La série s’appelle”how to get away with murder” et non a murderer. Sinon très bon article que je pourrai montrer a mes proches qui ne veulent pas m’écouter hahaha

  3. Article qui pourrait se décliner à l’infini, de quelle beauté “blanche” parlez-vous ? Nez droit mais pas aquilin ? Cheveux blonds mais pas roux, silhouette, ah la silhouette laquelle, constitue la “norme” ? Une taille 34 ? Des préjugés par centaines.
    Que faire de la beauté noire (ce singulier est bien facile) dans notre société occidentale où l’on trouve confortable de mettre les êtres dans des petites boîtes mais ou il est plus aisé de proposer à l’humanité un modèle esthétique unique ? Et bien, on la force à rentrer dans l’une d’elle non ? La vie est si complexe mieux vaut tout simplifier, tout niveler.
    Néanmoins, n’assistons-nous pas à un mouvement où de plus en plus de personnes noires s’affirment dans leur négritude (ouh, le gros mot !), cela devient même un courant à la mode alors qu’être “natural/nappy” serait à l’origine une mouvement contestataire et identitaire, et, ah oui sans doute un peu écolo…
    Autant je suis d’accord avec vous concernant la prédominance d’un type de beauté “blanche” dans les médias et les arts, donc insidieusement dans les imaginaires et insconscients. Mais, depuis 20 ans et plus, des sociologues (J. Sméralda, A. Delannoy, M. Perreti, A. Petit….), déconstruisent les tyrannies de la beauté dont les femmes (noires, blanches, vertes…) se font souvent les victimes consentantes. Il existe des alternatives pour ceux et celles qui veulent bien se donner la peine de se “désaliéner” et devenir leur propre “norme” et créer leur esthétique personnelle.

    “Je suis noire mais je suis belle filles de Jérusalem” !!

    • “Il existe des alternatives pour ceux et celles qui veulent bien se donner la peine de se “désaliéner” et devenir leur propre “norme” et créer leur esthétique personnelle.”
      C’est bien réducteur de penser qu’une telle émancipation serait une affaire de désaliénation personnelle quand on est soumise à un discours latent et systématique qui nous dit “tout est dans votre tête”, “vous voyez le mal partout”. L’accès aux discours théoriques traitant de ces questions reste propre à des sphères qui ne sont pas démocratisées : sinon comment expliquons-nous ce boum des documentaires Dark Skin, Hair sur le net et autres ces dernières années qui sont des découvertes pour beaucoup de jeunes filles ? Et en quoi se fait-on les victimes consentantes quand la société nous contrant à ces diktats, rendant inaccessibles certains espaces ou même produits du fait de notre apparence ? Je ne comprends pas vraiment.

      • “Discours latent et systématique” certes, mais je réécris le mot “désaliéner” et donc mille fois merci aux rebelles !! Aux contestataires “conscientisés” comme on dit par chez moi.
        Femme noire : femme laide ? Qui le dit et à qui est adressé ce discours qui imprègne les insconscients ?
        Mince !! Qui fait et qui est la société ?? On prend le pouvoir sur soi-même ou pas ?
        C’est aussi parce que je refuse de croire que toutes les femmes noires obéissent à ces injonctions, mince à nouveau, je me fais des illusions ?
        Ne serais-je qu’une privilégiée de par mon éducation et ma famille ? Plus pour longtemps, j’espère, vu le succès des documentaires que vous citez.
        Et pour finir, oui, j’assume de ne considérer les diktats de la beauté que dans leur globalité tout en ayant l’oeil sur certaines spécificités du discours et des échelles subsidiaires, on pourait évoquer encore et encore la hiérarchisation, mais ce n’est pas mon approche du sujet, désolé pour ma paresse. Encore un cliché😉

      • Viviadella, vous ne pouvez nier que dans notre société, la majorité des femmes noires VISIBLES c’est-à-dire celles qui sont à la télévision, des pop-stars aux journalistes politiques et littéraires, sont très souvent blanchisées (cheveux lissés, peaux éclaircies, etc.), sinon métisses. Ce discours est adressé par la frange de la population française qui est visible et qui tient le discours -c’est-à-dire une population blanche- aux noirs et aux blancs. C’est un discours de fait, et un cercle vicieux : pas de visibilité, pas de pensée d’une beauté noire. Il y a donc en effet une “norme racisée de la féminité”, comme le dit si bien Elsa Dorlin, qu’il est vraiment très facile d’observer au quotidien. Evidemment, des femmes noires échappent toujours et encore à l’envahisseur, et c’est peut être votre cas, et tant mieux pour vous… Et évidemment aussi, des documentaires très bien faits existent et se regardent peut être de plus en plus, des discours théoriques et élitistes faits par quelques spécialistes qui s’écoutent parler entre eux existent, mais les faits sont là.

      • Oui, Zoé Courtois vous avez raison les femmes noires visibles sont “blanchisées”. Il faudrait donc s’affranchir de ces modèles proposés, les critiquer ou se satisfaire de leur présence visible même blanchisée ?
        Si des documentaires parviennent à créer une beauté noire tant mieux !

    • Viviadella, le fait meme que vous choisissiez de mettre plusieurs fois le mot blanche entre guillemets (mais pas noire), et le fait que vous parliez de femme “noire, blanche ou verte” (pour vous citer) sont des symptomes exemplaires de ce qui est décrit par Mrs Roots.

      Le recours a une couleur ne se traduisant par aucune race socialement construite (verte) ne fait qu’accentuer le coté etrange de “l’Autre”. A vous lire, on dirait qu’etre noire serait aussi “aberrant” qu’etre verte. Ca me rappelle une pub aux USA qui disait un truc du genre “que vous soyez Noir, Asiatique, Hispanique ou normal”… La norme est blanche.

      La blanchité entre guillemets, c’est encore plus parlant. Si la notion de Beauté Noire ne vous parle pas, ni le regard blanc, c’est peut etre parce que vous ne reconnaissez pas la Blanchité comme telle. Vous la mettez donc entre guillemets. Or elle est le pilier du mythe de l’antiracisme (cf dernier article de Mrs Roots).

      Oui on sait, il n’y a pas qu’une beauté noire ou une beauté blanche en pratique. Mais dans le contexte historique, elles se sont construites a l’opposé l’une de l’autre. L’article l’explique tres bien.

      Quand a la desalienation personnelle, vous diriez la meme chose a des jeunes filles/femmes occidentales blanches qui souffrent de troubles alimentaires? (Bien sur l’analogie a ses limites puisque les femmes noires souffrent egalement de troubles alimentaires). Auriez vous tendance a les inviter a se desaliener personnellement avant de les renvoyer devant la télé sans en avoir changé le contenu? Ce serait nier le pouvoir des images et de la culture. A mon avis, une grave erreur.

      Pour les “victimes consentantes”. C’est juste NON. Don’t. Ever.

  4. Je crois avoir relever une petite coquille “devenons-nous rappeler cette notion de “parti pris esthétique” que la réalisatrice de Bande de filles a dit récemment ?” : je crois que tu voulais dire “devons-nous”🙂
    Merci pour cet article intéressant et très instructif !

  5. Tellement d’accord. J’ai aussi remarqué que les medias français quand ils parlaient de jolies noires ils disaient “la panthère/la tigresse/féline” bref on voit bien le côté bestiale de la chose. (sans oublier les comparaisons incessante avec rihanna, beyoncé et nicki minaj , avec les jeunes femmes noires..)

  6. J’avais été assez surprise de voir en Chine à la télé des pubs de L’oréal qui mettaient clairement en avant le fait que leurs produits étaient adaptés pour les cheveux noirs… Jamais je n’avais vu cela en France alors que pourtant il y a des cheveux noirs. Et c’est vrai que les produits de beauté noire, notamment en ce qui concerne les cheveux semblent cantonnés à ces petites boutiques qu’on voit dans les villes où on peut se faire des extensions et toutes choses que je ne connais pas. Je m’étais déjà interrogée sur cette séparation dont je me demandais si elle ne venait pas d’une sorte de ségrégation émanant d’un côté ou de l’autre.

    Une arrière-petite fille de Béké à la peau mate qui se demande depuis toujours si elle a du sang d’esclavagiste ou de noir dans les veines… ou peut-être les deux.

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  10. Ma mere me racontait assez souvent une prise de bec homerique entre son oncle raciste et son grand frère (de ma mere) u début des année 60 durant un repas de famille. Son oncle, essayant de briser les arguments de son frère, a soudain lancé “tu laisserais ta soeur épouser un Noir!?!” en escomptant que non, bien sur, jamais de la vie, c’est impensable… Ma mère, présente mais tenue a l’écart de la conversation, a alors ouvert la bouche pour balancer “Oui. Parce qu’ils sont beau”. Bim. Fin de la discution. Elle m’a raconté aussi sa fascination devant le premier homme noir qu’elle a vu, dans un tram, alors qu’elle était vraiment toute petite, son émerveillement, le fait qu’elle lui ait touché la main pour prendre conscience de sa réalité, le rire de l’homme, les excuses de sa mère a cet homme inconnu pour l’incorrection de sa petite fille et son propre embarras enfantin quand elle a cessé d’envisager cette main comme un objet et qu’elle a réalisé qu’elle était raccrochée a une homme bien réel. Un homme couleur de chocolat.

    Elle n’a pas épousé un noir, mais elle n’a jamais non plus renié son opinion d’enfant sur la beauté des Noirs.
    Et j’ai grandit dans cette idée. Les Noirs sont beaux. Les Noirs ont une peau splendide, une peau de bronze sombre aux reflets de cuivre. Les Noirs ont des traits délicats, des cheveux etonnants et magnifiques, pleins de volumes quand nous, blancs, tout ce qu’on a c’est des cheveux raplapla aux couleurs ternes et une peau qui exige qu’on brave le mélanome pour ne pas avoir l’air maladif. Ceux qui disent que les Noirs ont de gros nez n’ont jamais regardé un nez de Noir: ils ont des nez gracieux, aux narines joliement dessinées, a la racine délicate qui nait entre des arcades sourcilières joliement arrondies, sous un front bombé. Et c’est triste que les Noirs ne se rendent pas compte de leur beauté, comme ce pauvre Michael Jackson (ma mère avait une opinion tres arrêtée sur le physique de Michael Jackson, qui symbolisait a ses yeux tout le racisme de la société américaine tellement prégnant qu’il avait conduit ce beau jeune homme noir a détester son apparence et a tout faire pour ressembler a un blanc, tout comme elle opposait les perruques des chanteuses disco a l’afro somptueuse d’Angela Davis ou de Tina Turner).

    Au point qu’enfant, je me disait qu’il fallait que j’épouse un homme noir, dans une perspective purement eugéniste : si je voulait que les propres enfants soient beaux, il fallait au moins qu’ils soient métisses, et que leurs enfants a leur tour épousent des gens a la peau sombres et ça améliorerait un peu le cheptel, avec un peu de chance. Ça m’est passé en grandissant, je ne me suis pas mise en couple avec une personne pour les qualités génétiques qu’il pourrait transmettre a nos éventuels enfants mais pour ses qualités et d’affection qu’on se porte et je ris (un peu jaune) de mon raisonnement d’enfant.

    Quand on est enfant, on pense que la société évolue naturellement dans le bon sens et comme le racisme est mal, un truc de gens avec des préjugés antiques, un héritage de l’esclavage et du colonialisme, on pense qu’il doit naturellement disparaitre. Maintenant que je suis adulte, je suis désagréablement surprise de constater que c’est vraiment pas le cas. Que les mouvements black power n’ont pas conduit a la généralisation de l’Afro comme coiffure pour les femmes noires. Que les personnes de couleurs autre que blanche soient si peu représentées, que les tops modèles de couleurs ( comme Alec Lec, rare modele dont je connaisse le nom parce sue son physique était vraiment different et vraiment africain, pas “blanche caramel”) restent des exceptions exotiques et pas le début d’une plus grande mixité dans le monde de la mode et du cosmétique.

    Je suis cependant éberluée de constater a quel point la beauté des noirs reste si contestée, si peu légitime qu’il n’y a pas de Beauté Noire. …Enfin, il y a bien ce type (noir) qui m’a un jour lancé en rue ” toi quand tu marche, y a tout qui bouge, t’as un vrai cul de Noire… Quoi, t’es vexée que je te compare a une noire? T’es raciste!” mais bon… Je sais pas si entendre un inconnu dire qu’on est grasse est vraiment valorisant pour qui que ce soit.

    …Et je me rends aussi compte que mon opinion sur la beauté des Noirs était peut etre légèrement objectisante. Que j’ai construit cette opinion de la beauté des noirs par comparaison a celles des blancs, parce que je suis blanche moi même et que je pouvait difficilement faire autrement mais que ça n’excuse pas tout. Que je me suis aussi comportée comme une goujate en tentant de toucher les cheveux naturels de Noirs de mon entourage sans comprendre pourquoi ça les agaçait, parce que leur cheveux plein d’une vie propre me fascinaient et que non, c’était vraiment pas pareil que de toucher mes propres cheveux. Et que j’ai du être assez maladroite dans mes compliments et les commentaires.

    Mais merde. Les noirs sont beaux. Ils n’ont pas a ressembler a des Blancs pour être esthétiquement valides. J’en reste viscéralement persuadée.

    • …et après cet interminable pavé je me rend compte que j’ai loupé une chose: les remerciements. Merci mrs Roots d’écrire et de faire entendre un autre point de vue que celui de la majorité, de faire découvrir des auteurs et de résumer des travaux. Tu fais partie des gens que je lis avec attention, souvent sans commenter, et qui me font réfléchir sur moi même et ma société.

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