God Help The Child : une nouvelle Tar Baby ?

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Note : je n’ai lu aucune critique du roman avant la rédaction de la mienne, donc c’est possible que ce soit redondant, par rapport à ce qui a été dit.

 

Pour ne pas me noyer dans le désespoir du titre français “Délivrances”, je suis revenue au basic avec la version originale du dernier Toni Morrison : God Help The Child. La communication du dernier opus avait déjà fait tremblé l’Internet avec la publication du premier chapitre dans le New Yorker. Plume incisive où parler de la race n’est jamais tabou, j’étais curieuse de voir comment la lauréate du Prix Nobel allait nous surprendre encore. C’est vrai quoi ? De l’esclavage à la crise des années 30, en passant par la guerre du Vietnam, on peut dire que Mamie Toni nous a vraiment offert un voyage dans le temps dans la communauté afro-américaine, une palette beaucoup plus dense, comparée à d’autres livres plus crispés.

Avec God Help The Child, Toni Morrison nous ramène à notre époque, en 2015 – une époque contemporaine qui, corrigez-moi si je me trompe, n’était utilisée que dans Tar Baby, et peut-être Home. Toujours dans une narration aux points de vue multiples (Sweetness, la mère de Bride; Bride; son amant, et sa collègue blanche à dreads – pardon je suis nulle avec les noms), l’auteure nous fait suivre d’indices en indices le quotidien de Bride, une femme noire foncée de peau qui a bâti sa ligne de cosmétique et qui, malgré son évidente réussite (respectée par son entourage, autonome financièrement, admirée pour son physique), cherche une réponse à ses frustrations. En effet, après le départ soudain de son amant qui la quitte sur un énigmatique “Tu n’es pas celle que je croyais”, Toni Morrison questionne les non-dits, d’une mère à sa fille, d’une fille à sa mère, d’une femme à son amant, d’un amant à celle-ci, et, surtout, d’une femme à elle-même. Entre secrets de famille, faux semblants, et blessures pudiques, toutes les thématiques se rejoignent autour de la peau noire et du colorisme.

Lire Toni Morrison qui parle du colorisme, est un plaisir que l’on avait déjà trouvé dans Tar Baby, avec le personnage de Son, un homme noir “à la peau bleu nuit”. Qu’il s’agisse des discours coloristes dans les familles noires, de la suprématie blanche qui alimente celui-ci dans l’industrie du cosmétique (entre autres), ou encore du désintérêt publique pour le kidnapping d’enfants noirs, Mamie Toni dit tout. A noter un gros trigger warning pour les meurtres et abus sexuels sur mineurs énoncés dans le roman.

Là encore, il m’a fallu deux-trois jours pour digérer ce roman, avant de savoir ce que j’en avais pensé. C’était dur de sélectionner mais quelques points sortent du lot :

  • Bride, une femme noire foncée et puissante : Il faut qu’on parle de Bride. Là où une autre édition américain a pris le parti pris de mettre en couverture une femme noire, je trouve que l’édition illustrée dans cet article n’influence pas le lecteur, de sorte qu’on visualise ce qu’est une peau noire foncée, selon nos termes, nos références et notre passif de femme noire. L’autre chose remarquable est la suivante : une femme noire qui s’est accomplie seule, et qui s’est construite avec ses stigmates, et dont le statut de victime ne la définit pas, ni ne la détermine… MERCI TONI. J’ai beau aimé d’autres oeuvres comme Couleur Pourpre où l’on renvoie constamment Cellie à sa laideur et à sa peau noire foncée, ça fait du bien de voir une femme foncée illustrer dans un autre contexte que la souffrance et l’environnement que lui inflige le monde extérieur. Toni Morrison trouve le parfait équilibre entre parler du colorisme sans transformer cette réalité en une caricature misérabiliste. Comprendre : le personnage évolue. En bien ou en mal, peu importe, mais il évolue. Bride est active, part trouver les réponses qu’elle cherche, sans être surréaliste. J’ai trouvé cela incroyablement relaxant de ne pas la plaindre pour ce qu’elle était, mais bien pour ce qu’elle a enduré à cause du colorisme de notre société, et ça, c’est une grosse différence.
    Sur le plan esthétique – il y a énormément de références aux couleurs, au monde du cosmétique dans ce livre, le fait que Bride s’habille constamment en blanc pour faire ressortir son teint, je ne sais pas encore comment le prendre : d’un côté, il est clair qu’il y a une réappropriation de sa peau foncée pour en faire la force de sa beauté – ce bouquin est vraiment une ode à la peau noire foncée, vraiment; et de l’autre, on sent quand même que l’admiration susciter chez les personnes, blanches comme noires, pour cette peau noire a quelque chose de dérangeant. Comme si Bride ne pouvait être sublime qu’en animant un certain exotisme, parce qu’elle assume la mise en valeur de son teint. Mais cette mise en valeur n’a-t-elle pas pour but de la rendre plus appréciable ? C’est tout l’objet du bouquin.


    “[sa chevelure était] Comme un million de papillons noirs posés sur sa tête”

  • Un amour entre femme et homme noir : là encore, c’est rare de voir s’illustrer un couple noir contemporain dans un roman. Je n’aurais pas pensé que Toni Morrison nous ouvrirait une histoire d’amour très subtile et très honnête. Et j’aime l’idée que ce ne soit pas embelli, mais que leurs parcours illustrent l’ampleur du racisme systémique, en général.
  • Sweetness, une mère imparfaite ou un environnement imparfait : là encore, difficile de prendre du recul sur le personnage de Sweetness, principale responsable des stigmates de sa fille, mais qui illustre également les problèmes rencontrés lorsqu’en tant que personne noire, on élève des enfants noirs dans cette société. La fin est particulièrement intéressante, tel un cycle qui se répète, et assez ironique puisque Toni Morrison nous rappelle que nous serons amenés à rencontrer les mêmes difficultés : élever des noirs dans une suprématie blanche.

“God Help The Child”, c’est pour qui ?

  • Pour les femmes noires, qui sont fatiguées de ne pas avoir droit à une héroïne qui leur ressemble, sans être lissée – à noter que les âmes sensibles doivent s’abstenir.
  • Pour celleux qui sont découragé par des romans de Toni Morrison prenant place dans le passé, et préféreraient du contemporain.
  • Pour celleux qui ont vu leur moral plombé par “Home”, veulent lire du Toni un peu moins cynique, et un peu plus léger.

Et parce que je vous kiffe, je vous laisse avec la lecture de Toni Morrison d’un passage de son roman. De rien.

 

 

 

 

 

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Red in Blue Trilogie : Léonora Miano réexplore la Négritude

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Woy, voilà un moment que j’ai fini le dernier livre de Léonora Miano, mais je n’avais pas eu le temps de me poser pour écrire. Et pourtant, ce livre le mérite. Je n’ai pas (encore) lu La saison de l’ombre qui lui a valu le Prix Fémina l’année dernière, mais cette nouvelle plongée dans les thématiques de l’esclavage était rafraîchissante, car, de tout ce que j’ai lu sur le sujet – essai et fiction confondus – je n’ai jamais vu l’esclavage abordé de cette manière.

“Red in Blue Trilogie”, c’est un recueil de trois pièces de théâtre. Déstabilisant au début, celle que l’on connaît pour sa prose poétique s’est essayée au théâtre, un peu plus académique. Disons qu’il est plus facile d’être portée par une introduction qui nous plonge dans l’histoire, que de se heurter à des didascalies ! M’enfin, je crois que c’est la forme littéraire choisie qui a rendu difficile la lecture, un peu plus chaotique. Côté contenu : une merveille !

La première pièce nous plonge dans la mythologie africaine, où chaque nom de déesse et dieu a une signification. Ici, les Âmes à naître refusent de descendre sur terre pour que la prochaine génération soit enfantée, après avoir vu le massacre et la déportation des esclaves. Celles-ci n’accepteront de prendre vie que si Inye, déesse Mère, accepte d’entendre leurs plaintes et de tenir un procès. S’en suit alors un procès de tous les fautifs : rois corrompus ayant cautionné la traite avec des rois européens, religieuses et sorcières ayant abusé des femmes de leur village, etc. Qui ment ? Qui dit la vérité ? A travers ce huit-clos mythologique, Miano m’a vraiment conquise en abordant ce sujet tabou : argument favori utilisé par des personnes blanches pour mieux dédouaner l’Europe, la participation de certains individus ne doit pas échapper à la réflexion sur l’esclavage et sa commémoration, et surtout explore ce qu’on ne dit pas sur les conditions de ces fautifs faciles.

Seconde pièce, on rejoint les Neg marrons de la Jamaïque, tiraillés entre faire la guerre aux esclavagistes blancs pour délivrer ceux restés dans les plantations et vivre libre dans les montagnes , ou vivre en paix avec ces esclavagistes en renonçant à aller chercher les siens… C’était une histoire émouvante, remettant en cause notamment la fraternité qui, dans une situation de lutte, peut être soumise à de nombreux dilemmes.

Enfin, celle que j’ai aimé le moins peut-être, et qui pourtant parlera à plus d’un : une jeune femme part au Cameroun avec le corps de son frère défunt, espérant pouvoir le faire enterrer dans le village dont ils sont originaires. Mais le village paisible où va se jouer une longue confrontation avec les habitants, va être l’occasion également de relever toutes les interrogations d’un “là-bas”, ce “chez soi” dont on ne connaît rien, ou peu, quand on naît en Europe. Le “retour au pays premier”, aux origines, est-il aussi évident pour les africains, qu’il ne l’est pour les afrodescendants ?

Pour moi, Léonora Miano signe encore une oeuvre essentielle et contemporaine, en tant qu’elle touche aux interrogations d’afrodescendants dont on questionne la légitimité, ici comme là-bas. Cet “entre-deux”, qui a commencé entre deux rives, s’étend entre les générations, et il est important de l’interroger.

Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwartz-Bart : commémorer, une autre manière de raconter l’esclavage

« J’entends les paroles, les éclats de rire de man Cia là-bas au milieu de ses bois, et je pense à ce que en est de l’injustice sur la terre, et de nous autres en train de souffrir, de mourir silencieusement … Continue reading

[JustFollowMe] Une si longue lettre, de Mariama Bâ

Publié originellement sur Just Follow Me, en 2012.

Euro-africain ? afro-européen ? Dans une tentative d’explorer une littérature afropéenne, après un voyage avancé dans la littérature afro-américaine, il était difficile de définir les thèmes et les limites de cette autre littérature méconnue et, surtout, de savoir ce que j’y cherchais. J’ai rencontré Toni Morrison dans la bibliothèque de ma mère et, c’est là même que je rencontre Mariama Bâ et son roman, Une si longue lettre.

Lettre ouverte d’une femme.

 

Dans cette lettre, une voix, celle de Ramatoulaye le lendemain du décès de son époux Modou. A travers les pages, on découvre les premiers amours et les difficultés d’une femme sénégalaise qui sera restée fidèle à son mari jusqu’au bout, par amour. Et ce, malgré sa seconde femme, malgré les mensonges, malgré le regard des autres, malgré l’humiliation, malgré ses efforts d’être une bonne épouse et une bonne mère ; car, oui, il ne s’agit pas d’une romance à sens unique, mais bien l’ode d’une femme africaine qui ressemble à beaucoup d’autres. Au cours de son deuil, le personnage principal s’interroge donc entre  qui elle est et a été, et celle qu’on lui demande d’être.

 

Entre restitution d’une culture emplie de rituels et message féministe, Mariama Bâ  donc hommage à « la » femme africaine considérée, à tort, comme non-féministe ; cette femme que nous peinons parfois à comprendre avec notre idée de l’indépendance de la femme, qui nous paraît soumise sous nos yeux emplis d’incompréhension et de dédain. Bâ nous contraint à voir une autre forme de lutte plus indicible, cachée derrière une acceptation sociale de la polygamie au détriment de l’individualité. En effet, si Ramatoulaye accepte bien des choses, elle revendiquera toujours l’importance de l’éducation des femmes et la place de celles-ci dans la politique africaine, par exemple. Elle élèvera ses filles, malgré l’écart intergénérationnel qui se creuse entre les boubous et les jeans taille haute. Enfin, les derniers chapitres viennent nous montrer, dans une envolée lyrique et commune à toutes les femmes, l’envie d’être entendue. Et c’est bien là le rôle de la lettre : interroger, dénoncer, et agir.

 

Ramatoulaye, c’est donc une femme qui lutte différemment et il nous incombe, si ce n’est de la comprendre, au moins de l’écouter.

Féminisme intersectionnel : quand les femmes africaines ont une voix.

 

Pour ceux et celles qui s’intéressent aux enjeux actuels du féminisme – ou simples débutantes comme moi -, vous n’êtes peut-être pas sans connaître la question de l’intersectionnalité, soit la prise de conscience qu’il y a différentes femmes (origines ethniques, sociales, religions, etc) dans le mouvement qu’est le féminisme. Ces différences posent la nécessité d’analyser différentes problématiques, dénonçant ainsi un féminisme à la représentation unicolore et privilégié.

Quel rapport donc avec Mariama Bâ ? Mariame Bâ est l’exemple même d’une voix africaine féministe, dépassant ainsi l’idée préconçue qu’aucune contestation n’est faite face à des traditions patriarcales, encore présentes aujourd’hui en Afrique. Dans une écriture fine, tantôt résignée, tantôt assumée, son personnage dévoile dans ses lettres une lutte intérieure et une conscience de ces injustices.

 

Elle se confronte également au jugement hâtif des femmes occidentales que nous sommes. Et dans l’articulation de paradoxe, l’auteur nous apprend que les femmes africaines ne sont pas si différentes des autres. Derrière la polygamie, se cache également des mères de famille élevant seules leurs enfants, sans nécessairement d’aides financières du dit époux, par exemple. D’autres, comme la destinataire de la lettre, Aïssatou, parte.

 

Entre spécificité et universalité, Mariama Bâ étaye l’épouvantail de ces modèles de femmes que l’on a parfois vu, aperçu, çà et là, aux quatre coins de notre vie et du monde.

Ces 5 livres que devraient connaître les femmes noires… (1)

Il y a quelques jours, une de mes abonnées m’a demandé : “quels seraient les livres que tu recommanderais pour les femmes noires ?”. Si la diversité de nos identités n’est plus à démontrer, nous restons souvent soumises aux mêmes agressions racistes, sexistes, et de la misogynoir : ces conditions réunies amènent souvent au dénigrement des femmes noires, et à leur exclusion. Parce qu’il me semble important qu’on cesse de prendre la dénonciation de ce que les femmes noires peuvent subir comme de la victimisation, j’énoncerais certes des lectures qui les célèbrent, mais aussi des lectures qui me semblent importantes pour mettre un mot sur les oppressions qu’elles subissent.

S’il est facile d’accuser les femmes noires d’être “des victimes”quand elles ne répondent pas à cette injonction latente où la femme noire doit être forte, digne, même dans sa souffrance, – de la femme antillaise poto mitan à la femme africaine – on oublie qu’elles ont toujours su construire, évoluer, et créer par la suite. Et j’aime penser que ce blog a commencé de cette façon : celle où je me suis retrouvée à me demander ce que j’étais dans un pays qui demande des comptes sur mon identité, pour aujourd’hui avancer et avoir de grandes opportunités, de belles rencontres et des ambitions.

Cette première liste, très personnelle et forcément incomplète, est un moyen pour moi de donner un peu de ce que j’ai ressenti quand j’ai lu Tar Baby de Toni Morrison, cette impression réconfortante que l’on existe quelque part. Enjoy

Women, class and race – Angela Davis

Type: essai

Douloureux à lire, mais tellement essentiel ! Pas besoin de se dire engagée pour lire cet essai fondateur sur la place des femmes noires dans une société patriarcale et raciste. De l’esclavage à son temps, Angela délie les intersections complexes entre les différentes oppressions qui conditionnent la place des femmes noires, les instrumentalisations auxquelles elles sont soumises, etc. C’est un livre vaste, je ne l’ai pas lu d’une traite, car il est difficile à digérer, tant les exemples sont précis et parfois décrits de telle manière qu’il est difficile de prendre du recul.

Pour qui ?

Pour celles qui souhaitent consolider ce qu’elles savent déjà sur les mouvements politiques des femmes noires, et voudraient un apport théorique, toujours concret aujourd’hui. (Je le conseille pour un public plus averti).

 

Blues pour Elise

Type : Roman – La critique du blog : ici.

Le premier – et seul ? – roman afropéen à ma connaissance qui réponde à une littérature afropéenne. Depuis, Léonora Miano a dirigé plusieurs recueils de nouvelles, mais, à mes yeux, Blues pour Elise est l’un des seuls romans afropéens qui puisse se réclamer de ce mot. Qu’il s’agisse des femmes antillaises, des femmes d’origines africaines ou africaines natives, elles explorent les différentes essences qui nous relient : le cheveu, la sexualité, le rapport aux personnes blanches, l’effet “Obama”en France, etc. Et pour tout vous dire, c’est le seul livre que je me suis retrouvée à lire à voix haute pour les femmes de ma famille…

Pour qui ? Pour celles qui ont toujours souhaité une sorte de Sex and the city un peu plus profond et à leur image, qui leur rappelle leur entourage et leurs identités en plein creuset de ce “Mon père est né là-bas, ma mère est née là-bas, moi, je suis née ici“.

 

Une si longue lettre – Mariama Bâ

Type : roman – La critique du blog

Ce doit être le roman le plus juste sur cette manière de décrire la place des femmes africaines sans être dans la caricature ou le flou. La justesse, et cette manière également de comprendre un peu plus la place de ces femmes dans d’autres cultures (ici, la culture sénégalaise). Mariama Bâ apporte un autre regard qui remet à sa place nos égos de femmes noires occidentales qui, parfois, peinent à comprendre nos soeurs d’un autre continent, ou encore nos aînées dans nos propres familles.

Pour qui ? Pour celles qui s’encombrent encore de préjugés sur la diversité des femmes africaines, l’absence de féminisme en Afrique, ou simplement qui voudraient connaître plus sur le poids des traditions chez certaines de nos aînées.

 

 

L’oeil le plus bleu – Toni Morrison

Type: roman – La critique du blog

Peu de livres saisissent l’enfance d’une petite fille noire, mais si seulement ce n’était que ça… Dans un jeu de miroirs, on suit l’héroïne qui aimerait “avoir les yeux bleus” pour être jolie, et heureuse, car tout semble sourire à ceux et celles qui en ont. C’était à travers une histoire tragique que Toni Morrison explore dans son premier roman plusieurs facettes du racisme, du sexisme, du rapport à la mère et à la maternité, de la violence des hommes. Un des livres les plus marquants de tous ceux que j’ai lu, qui laissera sans aucun doute, une trace…

Pour qui ? Gros trigger warning :  âmes sensibles, s’abstenir. Toni Morrison a une écriture qui dérange, elle force à sortir d’un certain confort de lecture en allant dans les détails, les plus violents, les plus embarassants et les plus tristes.

 

 

Pluie et vent sur Télumée Miracle, de Simone Schwarz-Bart

Type : roman – Critique à venir

Ca fait plusieurs jours que j’ai fini ce livre, et je n’ai toujours pas les mots pour ce roman. A mes yeux, toutes les femmes antillaises (natives ou d’origine) doivent lire ce livre. On suit une génération de femmes d’une même famille, et tellement de choses nous semblent familières, comme les plats de chez soi, la chaleur, le makrelaj des voisines, les secrets de famille, le courage des femmes dites “poto mitan”… Simone Schwarz-Bart n’a écrit que deux livres dans sa vie, et nous devrions être heureuses qu’il y ait au moins celui-ci.

Pour qui ? Pour celles qui ne sont pas rebutées par une écriture très lyrique, un paysage bucolique d’une île post-esclavage comme on en décrit rarement. De quoi contrebalancer des lectures plus lourdes et graves que l’on connaît dans la Négritude…

 

[BookReview] Tant que je serai noire – Maya Angelou

Premier Maya Angelou de ma bibliothèque, et je dois dire que… je suis un peu déçue. Maya Angelou est l’une des poétesses afro-américaines les plus influentes, et avec cet essai sur une part de sa vie, je pensais vraiment vibrer … Continue reading

[10/18]”Les racines déchirées”de Petina Gappah – Zimbabwe

Depuis le temps que j’en parle ! On ouvre la nouvelle année avec un tour d’horizon – un peu réduit – de la littérature africaine moderne. En effet, la visibilité des littératures afros a beau être très diversifiée, elle met … Continue reading

[Bookreview] La ballade de Baby : une enfance désenchantée

[Trigger Warning : maltraitance sur enfants, agression sexuelle]

A Montréal, on suit le quotidien précaire de Baby, une jeune fille de 12 ans, rêveuse qui suit, entre fantaisies et journées incertaines, son père junky. En grandissant dans l’ombre de sa mère décédée, Baby appréhende l’adolescence, terrain minée où son corps ne répond plus et où son rapport au monde se mue en quelque chose de douloureusement réel.

Heather O’neil réussit à nous décrire une vie dramatique avec le regard de l’enfance, ; à la fois poétique et incroyablement lucide sur le monde des adultes. On oscille constamment entre une incroyable douceur, et une violence cristallisée.

Personnellement, je reste mitigée par ce filtre de l’enfance, qui rend certains passages incroyablement cru dans ce que le sexe incarne pour elle. C’est à la fois transgressif et dérangeant, de sorte que la dureté de certains évènements semblent au premier abord soupesé, avant que le lecteur ne mesure lui-même l’écart entre ce filtre et la violence réelle.

Je regrette cependant l’essoufflement du roman qui, à force d’être coupée par des longueurs, perd de son intensité, avec une fin peu bâclée.

[BookReview] Complicit No More : la claque intersectionnelle qui fait du bien

Complicit No More

 

“Black feminism has also taught me how to be a better ally, because it insists that if I remain silent on issues that do not directly affect me, I become an accomplice to inequality and injustice”

“Le féminisme noir m’a également appris comment être une meilleure alliée, parce qu’il insiste sur le fait que si je reste silencieuse à propos des problèmes qui ne me concernent pas directement, je deviens une complice de l’inégalité et de l’injustice”.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’intersectionnalité, j’ai eu à faire ce choix particulier qui se présente à chacun(e): fermer les yeux et me taire sur le fait que mon confort repose sur les oppressions des uns et que mon oppression repose sous le confort des autres, ou l’ouvrir et en parler. Je me suis toujours dit que ne rien dire, c’était cautionner, être complice malgré tout avec les dominations établies. La lecture de Complicit No More m’a fait rappeler ces premières interrogations, rappelant comme il est facile d’être le complice d’une société aux oppressions et aux victimes diverses.

Reprenant l’intersectionnalité au sens propre du terme, les auteures de chaque article sont des femmes “racisées”qui parlent de leurs positions et de leurs vécus, suivant différentes intersections à la race, comme le veut la définition de Crenshaw.P ar différentes expériences, on traverse différentes conditions de féministes racisées, où la non-mixité des participantes à l’essai permet de se plonger dans une sorte d’incubateur du féminisme des femmes “racisées”. Et ça fait du bien ! Loin du bloc monolithique qui consisterait à englober toutes ces protaganistes, le noyau de ces approches étant la race permet d’appréhender le féminisme sur différents continents et des perspectives de collaborations internationales.

Ces dernières réflexions sont liées à la considération de l’espace publique, qui est très évoquée dans cet essai : être une femme queer dans une entreprise au dress code exigent, être une femme noire dans un poste à haute responsabilité au milieu des relations internationales, passer d’un espace médiatique où l’on est considéré partiellement à un espace occidental où l’on est invisible, etc.

Le rapport à l’espace et à la sororité est vraiment le socle des enjeux féministes. Il y a un certain optimiste lucide que j’ai retenu de cette lecture : loin d’une sororité “salvatrice” (du type “sauver les femmes musulmanes”, “sauver les femmes du tiers monde”), on pense une sororité qui a ses limites à la fois culturelles et politiques, mais aussi historiques (notamment par rapport à la mémoire du féminisme selon les pays).

Et, surtout, cette sororité, non divisive, mais divisée n’empêche pas une entraide dans la lutte contre le patriarcat. Bref, un concentré de pistes de réflexions qui montre qu’il reste des choses, pas seulement à faire, mais à construire.

Si beaucoup regretteront les quelques pages que constituent ce premier essai (seulement 140 pages environ) où toute la diversité des femmes n’est pas balayée, Complicit No More demeure un livre très riche, qui donne accès à pas mal de références par une courte bibliographie des auteurs, des noms de féministes peu connues, et des liens vers les associations ou essais dont elles se sont servies.

Vous pouvez visionner ici la conférence donnée par les auteures :

Media Diversified est à l’origine de ce projet, et on espère fortement qu’ils feront une seconde édition ! Ce livre est en anglais, mais je l’ai trouvé très accessible. Je n’aime pas vraiment les regroupements d’articles car je les trouve souvent inégaux, mais pour le coup, j’ai trouvé chaque article passionnant et je n’en ai pas esquivé un seul !

 

 

[Just Follow Me Mag] Out in the Blue + Interview de Léonora Miano

“Lève-toi, le ciel flambe déjà” Le 7 mars, je me rendais au Musée Dapper à Paris pour la performance Out in the blue de Léonora Miano. Je dis performance, parce que ce n’était pas un récital, ni un concert, ni … Continue reading