Beautés noires – 3 : à l’épreuve d’une sororité

A Dictatindignés

Part 1: La femme noire et le white gaze

Part 2 : La misogynoir”

3. La sororité noire, une maltraitance parfois indicible

[SPOILERS SUR HALF OF THE SUN]

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Face à la déformation (hypersexualisée, entre autres) de son identité et la division intracommunautaire due à la misogynoire, le seul espace qui subsisterait, en toute logique, serait le groupe des femmes noires, dans leur diversité et la construction de leurs propres codes pour appréhender l’esthétique des femmes noires; mais les répercussions du racisme sont telles, qu’il demeure une scission entre elles; une rivalité intracommunautaire dite à demi-mots, et qui repose sur le colorisme.

Cette complexité, Chimamanda Adichie Ngozi la saisit dans son roman “Half of the Sun“, adapté au cinéma l’an dernier. Les entraves de la sororité font l’objet du roman, entre autres thématiques : en effet, à Lagos (Nigéria) Kainene et Olanna sont jumelles; dure à croire quand l’une est si claire, et l’autre si foncée. Je ne me baserai que sur le film mais vous êtes bien sûr les bienvenus si vous voulez m’envoyer le bouquin, non ? bon. La laideur de Kainene est un des tenants et aboutissants de ce personnage : voir sa soeur plus courtisée qu’elle parce qu’elle est claire de peau, va pousser Kainene a brillé par son intellect, toujours doté d’un sarcasme des plus tranchants. Kainene est plus amère, avec plus de caractère et une dureté qui va lui permettre de traverser la guerre au Nigéria, là où la vie d’Olanna s’écroulera petit à petit, elle qui avait tout pour acquis.

On retrouve également cette sorte d’ascension à la beauté et au rang social, quand Kainene se marie avec un homme blanc anglais. Ainsi, les face à face entre les jumelles sont toujours soumis à une tension, entre jalousie, amertume, haine et affection difficiles à exprimer, il y a cette pudeur du non-dit. Plus qu’une question d’orgueil, on sent que le colorisme est une sorte de qui-vive pour Kainene : l’homme qui va lui parler est-il sincère ou est-ce une technique pour atteindre sa soeur ? Cette fébrilité de l’estime de soi est souvent symptomatique chez les femmes en proie à ces discours coloristes : qu’il s’agisse du grain des cheveux ou du grain de peau, ou encore de la morphologie, le physique de la femme noire est toujours sujette à ses propres diktats intracommunautaires.

Soit il tend vers les modèles de beauté occidentaux blancs, soit il tend vers cet idéal de la femme africaine aux rondeurs marquées. Ainsi, les divisions sont plurielles et reposent sur plusieurs strates : nappy, pas nappy; fine, pas fine ; cheveux lisses

Le hashtag #VieDeMetissee de plusieurs femmes métisses (@Freshneen et @lasalegarce) mettait en lumière notamment le manque de légitimité au sein des communautés noires, de même que Dark Skin, un documentaire américain dédié au colorisme que subissent les afro-américaines foncées.

En ce sens, cette remise en cause perpétuelle d’une légitimité en tant que femme noire au sein de la beauté universelle, et de la négritude, et de la beauté noir, rend difficile l’évolution d’une sororité (à laquelle s’ajoutent, évidemment, les chocs culturels). Il y a certes des initiatives émergentes comme le Labo Ethnik, la Black Fashion week, et les salons autour du cheveu afro qui sont bel et bien les signes d’une prise en main pour les femmes noires ET par les femmes noires. Néanmoins, pour que ces efforts soient conséquents, il est important de percer les non-dits autour du colorisme, et de s’émanciper de ces modèles que l’on tend à reproduire ou, malheureusement,à abandonner pour en créer de nouveaux.

J’achèverai cette série d’articles avec cette citation sur ce sujet :

Ils se sont moqués de vos noms et vous avez changé de nom.
Ils se sont moqués de vos habits et vous avez changé d’habits.
Ils se sont moqués de vos cheveux et vous avez acheté des dé-frisants.
Ils se sont moqués de votre peau et vous avez acheté des éclaircissants.
Ils se sont moqués de vos langues et vous avez adopté les leurs.
Ils se moqués de vos religions et vous avez embrassé les leurs.

Qui vous a appris à haïr la texture de vos cheveux ?
Qui vous a appris à haïr la couleur de votre peau? à tel point que vous la blanchissez pour être comme l’homme Blanc.
Qui vous a appris à haïr la forme de votre nez et la forme de vos lèvres ?
Qui vous a appris à vous haïr du sommet de votre tête à la plante de vos pieds ?
Qui vous a appris à haïr votre nature ? A haïr la terre de vos ancêtres, A haïr la race à laquelle vous appartenez à tel point que vous ne voulez pas être à côté les uns des autres.

Quand allons-nous prendre conscience?

Malcolm X

2 thoughts on “Beautés noires – 3 : à l’épreuve d’une sororité

  1. Pingback: Beautés noires : La femme noire et le white gaze | Mrs. Roots

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