#BoycottHumanZoo #ExhibitB en France: “Respect et Dignité”

A lire au préalable : #BoycottHumanZoo part 1 : le racisme s’invite au musée. #BoycottHumanZoo part 2 : à la culture de notre servitude. “Respect, Dignité”. Voilà les mots que l’on pouvait entendre criés sous le froid et la pluie. … Continue reading

#BoycottHumanZoo #ExhibitB: “It is nothing new”/”Ca n’a rien de nouveau” by Selina Thompson

“Seeing black people, seeing African people – presented as bodies, rather than people: this is nothing new. Seeing those Black Bodies suffering, presented in unbearable pain and terror, this is NOTHING NEW. Black women as sex objects waiting to be raped, as anatomical specimens to be examined, as Mammys, as animals, seeing black men disembodied or presented as violent and frightening, in cages, with their bodies maimed, or without bodies at all, as four disembodied heads sing at the bottom of the exhibition – a mournful lament, of course, so that the whole space reeks of pity and shame and grief – Seeing black history presented as though it began and will end with Colonialism – i.e. when white people come into the picture, is NOTHING NEW. It is not radical, it does not challenge me – actually, it doesn’t challenge anyone really, because it feeds into a cultural narrative that is all too common. One in which pain and persecution is the only way in which we can understand the experience of blackness, one in which we fetishize the black experience as abject’.”

« Voir des gens noirs, de voir des Africains présentés comme des corps, plutôt que des personnes:  ça n’a rien de nouveau. Voir ces corps noirs souffrant, présentés dans la douleur et la terreur insupportables, ça n’a rien de nouveau. Les femmes noires comme des objets sexuels en attente d’être violées, comme des spécimens anatomiques pour être examinées, comme des Mama, comme des animaux, voir les hommes noirs désincarnés ou présentés comme violents et effrayants, dans des cages, avec leurs corps mutilés, ou sans organes du tout, comme quatre têtes désincarnées chantant au fond de l’exposition une complainte lugubre, bien sûr, de sorte que tout l’espace suinte des relents de pitié et de honte et de douleur. Voir l’histoire des Noirs présentée comme si elle a commencé et se terminera avec le colonialisme c’est à dire quand des personnes blanches font partie du tableau, ça n’a RIEN DE NOUVEAU. Ce n’est pas radical, cela ne me remet pas en cause – en fait, ça ne remet en cause personne, vraimentt, car cela se nourrit d’un récit culturel qui est trop commun :  celui dans lequel la douleur et la persécution sont la seule manière dont nous pouvons comprendre l’expérience de la Négritude, celui dans lequel nous fétichisons l’expérience noire abjecte ».

By Selina Thompson, après qu’elle ait vu l’exposition.

Dear White [Vegan] People, Whiteness Matters Too: Books that Make You Go Hmmmm

Dear White [Animal Rights and Vegan] People,

Whiteness cannot be ignored.  I have been asked by many of you, what resources are out there to help you become aware of the consequences of being ‘post-racial’ and/or assuming anti-racism solidarity has nothing to do with your pro-vegan philosophies. Below are two phenomenal new books I just read, by white vegan anti-racist allies, pattrice jones and Martin Rowe. Please check these titles out to not only understand how ‘whiteness matters’, but how to create your own role as an ally of anti-racism and anti-speciesism.  Start now with the brilliant and engaging titles below.

Oxen At The Intersection: A Collision by pattrice jones.

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This is a brilliant book by pattrice jones. jones tries to understand what led to the death of one of two oxen (Lou and Bill) who had been living at, and exploited by, Green Mountain College in Vermont. Written in…

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Beautés noires – 2 : Misogynoir intracommunautaire, un corps corrompu

2. Misogynoir intracommunautaire

[TW: Spoiler, violence domestique, viol]

Dans le magnifique roman Couleur Pourpre, Alice Walker (afroféministe de renom, à l’origine du concept womanism) raconte l’histoire déchirante de deux soeurs, Celie et Nettie, vivant avec leur père veuf. Un jour, un homme se présente à leur père, demandant la main de Nettie, plus jeune et plus jolie que sa soeur. Mais le père des deux filles, soucieux de placer d’abord son aînée qu’il trouve laide, Celie, décide de la lui proposer à la place. Amer, Albert le prétendant accepte et la marie. S’en suit alors une vie de tourmentes où Celie doit servir son mari et ses six enfants tyranniques, soumise à ses coups quand l’envie lui prend. Quand Nettie apparaît un jour à leur porte, fuyant leur maison familial à cause des attouchements de leur père, le mari de Celie voit une nouvelle opportunité d’avoir la soeur qu’il désirait, et accepte qu’elle loge avec Celie et sa famille. Mais quand Nettie refuse les avances de l’homme, il décide d’interdire les deux soeurs de se revoir, les forçant à se séparer :

Couleur Pourpre est une oeuvre très riche dont chaque femme du livre pourrait être citée, tant les sujets de la femme noire sont multiples. Ce qui nous intéresse ici est le rapport d’Albert à Celie qui, à défaut d’avoir pu faire sa vie avec Shug, une chanteuse claire de peau et aux traits fins, déverse sa frustration sur la jeune femme pendant des années. Animés donc de cette attirance pour les modèles de beauté établis, les hommes noirs ne sont pas en reste dans cette manière de perpétuer le mythe de la laideur des femmes noires. Par un dénigrement du physique des femmes foncées, il y a également le prolongement de cette laideur en une culpabilité : ainsi la femme noire serait plus belle si elle faisait “assez d’efforts” pour reprendre les codes (cheveux lisses, peau claire, etc) des femmes blanches, sa beauté naturelle serait par défaut une preuve de négligence et justifierait le manque de respect des hommes noirs à son égard. Ce discours est propre à la misogynoir intracommunautaire.

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Cellie et Shug, la femme qu’Albert convoitait auparavant. Shug apprendra à Cellie a s’accepter et à renouer avec sa soeur.

La misogynoir est le terme pour qualifier une misogynie spécifique visant les femmes noires, et produite par les hommes en général – indépendamment de leur couleur de peau, donc. Le cas intracommunautaire est important, dans le sens où nous serions tentés d’imaginer que le(s) beauté(s) noire(s) seraient plus encensées par les hommes noirs : c’est une idée fausse. Les communautés afros n’échappent pas aux diktats de beauté de la suprématie blanche, et les perpétuent avec le colorisme, et d’autres injonctions portant sur le corps de la femme noire. C’est ce que Trudy, l’afroféministe et auteure de Gradient Lair, explique ici :

Misogynoir intraracially is proliferated with colourism, fat shaming, classism, ableism, homophobia, transmisogyny (i.e. when Laverne Cox is street harassed and asked is she “a nigga” [transmisogyny in a Black cultural context] or “a bitch” [misogynoir in a Black cultural context] literally no one else on Earth but a Black trans woman would experience that; period) and other oppressions.

La misogynoir est donc une extension intracommunautaire d’une misogynoir généralisée dans notre société. Les normes patriarcales qui la sous-tendent dépendent évidemment du contexte où elle s’effectue : par exemple, dans certains pays africains, des femmes minces et avec des formes peu marquées subissent un body shaming spécifique car elles ne correspondent pas au modèle de la femme noire avec des rondeurs. Le schéma a beau être différent donc, le corps de la femme noire reste soumis à des modèles de beauté dominants, régis par des normes patriarcales.

En conséquence, la participation des hommes noirs au maintien de ce dénigrement raciste et sexiste s’explique, non seulement par un racisme intériorisé, mais aussi par leur privilège masculin qui prime sur la condition féminine des femmes noires. C’est ce qui leur permet de bénéficier des normes patriarcales et d’exercer leur domination dans une sphère intracommunautaire, comme le développe Trudy :

“because of how cis, heterosexual, and male privilege function, cishet Black men have privilege over Black women and can reward/punish through patriarchal norms and violence, even as Black men face other oppressions (including racism that Black women also face). This can be seen in intraracial spaces that Black men are expected to dominate and control, such as the home, the Black Church, community organizations (who organizes versus who is seen/lead), Black cultural production (i.e. hip hop, comedy, film), the budding business of “relationship advice” as a secular space of Black male domination in the way the Church is, and public social space (i.e. street harassment) in communities.”

Ainsi, la frustration d’Albert déversée sur Celie est emblématique d’une domination masculine sur le corps de la femme noire. Le corps noir, élément commun, ne suffit donc pas à rassembler les personnes noires et à pallier une violence et une stigmatisation extérieures, car il est soumis à l’oppression sexiste en son sein (en plus d’une oppression raciste que nous avions développé dans la première partie).

Pire encore, l’emprisonnement du corps noir dans un système raciste et sexiste est tel qu’il a donné lieu à deux mythes destructeurs aux USA, comme le décrit Angela Davis :

  • Le mythe du violeur noir : d’une part, les hommes noirs étaient connotés comme une constante menace pour les femmes blanches. Hypersexualisés de manière agressive, ce mythe a provoqué des lynchages massifs d’hommes afro-américains pour justifier le système raciste aux Etats-Unis.
  • Le mythe de la mauvaise noire : de l’autre, les viols punitifs ou autres, subis par les femmes noires à cause des hommes blancs ont participé à la stigmatisation de la femme noire comme étant un être honteux, méritant d’être dénigré. On peut citer aisément le traitement de l’affaire DSK.

Ces deux mythes sont amèrement décrits comme jumeaux, c’est à dire qu’ils fonctionnent et se maintiennent l’un et l’autre au sein d’une même société oppressive :

“The myth of the black rapist of white women is the twin of the myth of bad black woman – both designed to apologize for and facilitate the continued exploitation of black men and women. Black women perceived this connection very clearly and were early in the forefront of the fight against lynching”

L’image d’Albert séparant Celie de sa soeur, soit la seule personne qui la rassurait et la poussait à s’accepter est le premier chapitre d’une longue vie où Celie va tenter de s’affirmer par d’autres regards que celui de son mari, afin de s’émanciper.

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Le passage haletant où Cellie brise le silence et brandit le couteau après des années à subir sa misogynie destructrice.

 

S’émanciper à la fois des diktats occidentaux et blancs et à la fois de la domination masculine, voilà le joug auquel est soumise la construction d’une beauté noire et de l’identité de ces femmes. Face à ces oppressions entremêlées, la sororité entre femmes noires apparaît comme le vecteur d’espaces safe, soit des espaces d’empowerment et d’estime de soi pour cette beauté noire si difficilement plurielle dans sa revendication, et évitant l’écueil de remplacer un diktat par un autre… Mais qu’en est-il vraiment ?

 

 

 

Beautés noires : La femme noire et le white gaze

[Trigger Warning/Avertissement : agressions sexuelles, violence, spoile] Si vous suivez How to get away with murder, vous n’avez pas manqué la scène marquante où l’héroïne se démaquille et se dévêtit de tous ces apparâts pour se révéler à elle-même dans … Continue reading

Le paradoxe des jours

 

 

Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit de posts “Day to day”. Ca me permet parfois de me souvenir que ce blog est, avant d’être une plateforme où je peux créer, écrire, inviter d’autres personnes, à moi.

Pour celleux qui me suivent sur Twitter, ce dernier mois (et quelques semaines) ont été très difficiles moralement et épuisant physiquement ; cumulant à la fois l’arrivée sur Paris, la recherche d’appartements et de perte ou déception en amitié. Ce qui est toujours surprenant est l’espèce d’écart entre l’incroyable bonté et solidarité qu’à susciter ce mauvais passage de ma vie chez des personnes qui ne me connaissent pas – si ce n’est pour ce qu’ils lisent de moi -, et le moral en miettes que je me suis traînée durant ces longs jours avec la violence du quotidien – raciste mais pas que.

Et puis est venu ce moment où, à force d’être éreintée et déprimée, j’ai mis sur pause ou de côté toutes les choses et personnes qui fragiliseraient le peu d’esprit positif qui me restait. Y compris Twitter. J’ai recommencé à me sentir bien, à retrouver mon côté solaire, à gérer les choses une par une, malgré la frustration. Je me suis isolée, j’ai lu, ri, aimé avec les personnes qui étaient encore là. Et puis, j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un d’encore plus solaire et positif que moi : quand on est prêt du soleil, on cesse petit à petit d’avoir froid et on se souvient de ce que c’est que d’avoir chaud et de se sentir bien. On se détend, on reprend ses marques.  J’ai continué de regarder de loin ce qui se faisait çà et là, j’ai continué d’écrire et j’ai recommencé à être émerveillée par les personnes que je rencontrais par hasard. D’une certaine manière, couper avec le reste pour ne voir que du nouveau et de l’éphémère était moins lourd à gérer.

C’est donc au moment où je m’y attendais le moins que tout m’est tombée dessus. Ca a commencé avec l’interview sur Slate, un mail un peu par hasard, puis une rencontre dans un café, et quelques jours plus tard, une vague de visites, de mots gentils dans ma boîte mail, sur mon blog, ma page facebook. Et au milieu de ces personnes inconnues, des journalistes, des éditeurs, etc…

Le jour où j’ai tenu les clés de mon nouvel appartement dans mes mains était le même jour où je me retrouvais face à une secrétaire qui me demandait “qui dois-je annoncer ?“. “Mrs Roots“.  D’un coup, ce qui était un blog commencé un jour d’été, il y a un an, avait une sorte d’entité au-delà du virtuel. Certes, j’avais déjà reçu des messages adorables de lecteurs et lectrices , mais c’est quelque chose que je ne percute jamais vraiment : je me sens toujours reconnaissante que quelqu’un trouve ici quelque chose qui le réconforte, des rencontres extraordinaires que cela m’apporte, c’est une sorte de bonus à ce que je prends plaisir de faire pour moi, et d’autres filles comme moi.

Ainsi déferla une incroyable bonne vibe, au point que j’en sois submergée, que je me pose et que je me retrouve à me dire “c’est un truc de dingue” à répétition. Je mentirai si je disais que cette vague de bonnes choses et de projets inattendus suffisaient à masquer mon amertume. Mais, une très bonne amie m’a rappelé que j’avais le droit de prendre le temps. Prendre le temps de ne plus être en colère, de sentir de la rancune , de me sentir fragile et déçue. De pleurer et jurer, aussi. Prendre le temps d’être égoïste, à mon tour, chose que j’oublie énormément. C’est un peu triste de tenir une liste de personnes à remercier, à côté d’une autre liste de relations incertaines ou troubles, mais j’ai décidé de ne maintenir que le bon pour le moment, parce que c’est tout simplement ce dont je suis capable. Je n’ai plus d’énergie pour aller chercher et retenir des choses ou des gens, ni la force de m’en vouloir de ne pas le faire.

On oublie parfois que le positif, ce n’est pas nécessairement que tout est réglé, mais juste quelque chose que l’on essaie de semer là où ça veut bien pousser, là où l’on peut s’en occuper. Si ça tient, pousse et grandit, tant mieux. Si cela fane, tant pis.

Je vais bien. Ca peut être dans le métro, en sortant du boulot, assise devant une série, ou simplement avec certaines personnes, mais je vais bien. Parce qu’au fond, ces aléas sont parmi d’autres et qu’en attendant le reste à venir, je veux profiter de ces mises entre parenthèses pour ressentir cette joie du “au jour le jour”, celle qui pointe le bout de son nez quand je lis un de vos messages, de vos commentaires ou tweets. Cette joie qui est là quand je ris à une blague stupide, ou que je découvre un nouveau livre…

Parce qu’au fond, dans les limites de cette bulle que j’aime me tracer, je suis toujours cette fille qui a ouvert il y a un an son blog, seule dans sa chambre. Et ça ne m’empêche pas d’être heureuse.