Mrsroots.fr : le blog déménage !

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Crédits Encrage : @Laurel

C’était bien calme ici, mais ce n’était pas faute de bosser ! Nouveau boulot, nouvelle année (ou presque), nouveau départ… et nouveau blog ! Changes ta blogroll et tes favoris, car à partir d’aujourd’hui, ce blog ne sera plus alimenté.

Vous pouvez donc retrouver tous les articles postés ici à ma nouvelle adresse…

Il est beau, il est chaud, c’est mrsroots.fr

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God Help The Child : une nouvelle Tar Baby ?

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Note : je n’ai lu aucune critique du roman avant la rédaction de la mienne, donc c’est possible que ce soit redondant, par rapport à ce qui a été dit.

 

Pour ne pas me noyer dans le désespoir du titre français “Délivrances”, je suis revenue au basic avec la version originale du dernier Toni Morrison : God Help The Child. La communication du dernier opus avait déjà fait tremblé l’Internet avec la publication du premier chapitre dans le New Yorker. Plume incisive où parler de la race n’est jamais tabou, j’étais curieuse de voir comment la lauréate du Prix Nobel allait nous surprendre encore. C’est vrai quoi ? De l’esclavage à la crise des années 30, en passant par la guerre du Vietnam, on peut dire que Mamie Toni nous a vraiment offert un voyage dans le temps dans la communauté afro-américaine, une palette beaucoup plus dense, comparée à d’autres livres plus crispés.

Avec God Help The Child, Toni Morrison nous ramène à notre époque, en 2015 – une époque contemporaine qui, corrigez-moi si je me trompe, n’était utilisée que dans Tar Baby, et peut-être Home. Toujours dans une narration aux points de vue multiples (Sweetness, la mère de Bride; Bride; son amant, et sa collègue blanche à dreads – pardon je suis nulle avec les noms), l’auteure nous fait suivre d’indices en indices le quotidien de Bride, une femme noire foncée de peau qui a bâti sa ligne de cosmétique et qui, malgré son évidente réussite (respectée par son entourage, autonome financièrement, admirée pour son physique), cherche une réponse à ses frustrations. En effet, après le départ soudain de son amant qui la quitte sur un énigmatique “Tu n’es pas celle que je croyais”, Toni Morrison questionne les non-dits, d’une mère à sa fille, d’une fille à sa mère, d’une femme à son amant, d’un amant à celle-ci, et, surtout, d’une femme à elle-même. Entre secrets de famille, faux semblants, et blessures pudiques, toutes les thématiques se rejoignent autour de la peau noire et du colorisme.

Lire Toni Morrison qui parle du colorisme, est un plaisir que l’on avait déjà trouvé dans Tar Baby, avec le personnage de Son, un homme noir “à la peau bleu nuit”. Qu’il s’agisse des discours coloristes dans les familles noires, de la suprématie blanche qui alimente celui-ci dans l’industrie du cosmétique (entre autres), ou encore du désintérêt publique pour le kidnapping d’enfants noirs, Mamie Toni dit tout. A noter un gros trigger warning pour les meurtres et abus sexuels sur mineurs énoncés dans le roman.

Là encore, il m’a fallu deux-trois jours pour digérer ce roman, avant de savoir ce que j’en avais pensé. C’était dur de sélectionner mais quelques points sortent du lot :

  • Bride, une femme noire foncée et puissante : Il faut qu’on parle de Bride. Là où une autre édition américain a pris le parti pris de mettre en couverture une femme noire, je trouve que l’édition illustrée dans cet article n’influence pas le lecteur, de sorte qu’on visualise ce qu’est une peau noire foncée, selon nos termes, nos références et notre passif de femme noire. L’autre chose remarquable est la suivante : une femme noire qui s’est accomplie seule, et qui s’est construite avec ses stigmates, et dont le statut de victime ne la définit pas, ni ne la détermine… MERCI TONI. J’ai beau aimé d’autres oeuvres comme Couleur Pourpre où l’on renvoie constamment Cellie à sa laideur et à sa peau noire foncée, ça fait du bien de voir une femme foncée illustrer dans un autre contexte que la souffrance et l’environnement que lui inflige le monde extérieur. Toni Morrison trouve le parfait équilibre entre parler du colorisme sans transformer cette réalité en une caricature misérabiliste. Comprendre : le personnage évolue. En bien ou en mal, peu importe, mais il évolue. Bride est active, part trouver les réponses qu’elle cherche, sans être surréaliste. J’ai trouvé cela incroyablement relaxant de ne pas la plaindre pour ce qu’elle était, mais bien pour ce qu’elle a enduré à cause du colorisme de notre société, et ça, c’est une grosse différence.
    Sur le plan esthétique – il y a énormément de références aux couleurs, au monde du cosmétique dans ce livre, le fait que Bride s’habille constamment en blanc pour faire ressortir son teint, je ne sais pas encore comment le prendre : d’un côté, il est clair qu’il y a une réappropriation de sa peau foncée pour en faire la force de sa beauté – ce bouquin est vraiment une ode à la peau noire foncée, vraiment; et de l’autre, on sent quand même que l’admiration susciter chez les personnes, blanches comme noires, pour cette peau noire a quelque chose de dérangeant. Comme si Bride ne pouvait être sublime qu’en animant un certain exotisme, parce qu’elle assume la mise en valeur de son teint. Mais cette mise en valeur n’a-t-elle pas pour but de la rendre plus appréciable ? C’est tout l’objet du bouquin.


    “[sa chevelure était] Comme un million de papillons noirs posés sur sa tête”

  • Un amour entre femme et homme noir : là encore, c’est rare de voir s’illustrer un couple noir contemporain dans un roman. Je n’aurais pas pensé que Toni Morrison nous ouvrirait une histoire d’amour très subtile et très honnête. Et j’aime l’idée que ce ne soit pas embelli, mais que leurs parcours illustrent l’ampleur du racisme systémique, en général.
  • Sweetness, une mère imparfaite ou un environnement imparfait : là encore, difficile de prendre du recul sur le personnage de Sweetness, principale responsable des stigmates de sa fille, mais qui illustre également les problèmes rencontrés lorsqu’en tant que personne noire, on élève des enfants noirs dans cette société. La fin est particulièrement intéressante, tel un cycle qui se répète, et assez ironique puisque Toni Morrison nous rappelle que nous serons amenés à rencontrer les mêmes difficultés : élever des noirs dans une suprématie blanche.

“God Help The Child”, c’est pour qui ?

  • Pour les femmes noires, qui sont fatiguées de ne pas avoir droit à une héroïne qui leur ressemble, sans être lissée – à noter que les âmes sensibles doivent s’abstenir.
  • Pour celleux qui sont découragé par des romans de Toni Morrison prenant place dans le passé, et préféreraient du contemporain.
  • Pour celleux qui ont vu leur moral plombé par “Home”, veulent lire du Toni un peu moins cynique, et un peu plus léger.

Et parce que je vous kiffe, je vous laisse avec la lecture de Toni Morrison d’un passage de son roman. De rien.

 

 

 

 

 

Atelier :”Repenser la narration : les femmes noires prennent la parole”

Évidemment, il y avait dunBey dans la conversation.

Ces deux derniers jours, j’ai animé un atelier dans le cadre de l’Université populaire organisée par Assiégées. J’avais déjà eu l’occasion de discuter avec des gens, ou même d’en rencontrer lors de cafés littéraires que j’avais organisé, mais l’atelier était une première ! Au milieu d’une vingtaine de femmes noires, entre 20 et 30 ans, nous avons échangé, débattu et réfléchi à la réappropriation de notre narration.

Concrètement ça veut dire quoi ? Eh bien à l’aide de supports et d’articles, mais aussi des expériences des participantes, nous avons d’abord analysé les rouages de l’imaginaire collectif, en voyant comment le capitalisme, le coloris me et l’occidentalisation configurent nos”modèles”, souvent des femmes noires influentes ou au contenu influent répondant à des codes. C’était très intéressant de distinguer l’importance de la représentation et les capitaux que celle-ci engendre et dont les principales concernées ne sont pas bénéficiaires (voir la polémique autour d’Empire et de directeur raciste de la chaîne).

Ensuite, je les ai questionnées sur la légitimité de notre revendication “pour nous et par nous”, et j’ai été frappée par cette colère et fatigue commune que l’on’partage en france, à devoir se justifier, s’excuser, et s’isoler. La non-mixité de l’atelier a vraiment été salvatrice, dans le sens où nous acceptons nos points communs comme nos divergences dans la restitution des femmes noires.

Enfin, la troisième partie était la plus intéressante. Co-anime avec la blogueuse Many, nous avons abordé l’importance du réseau que nous formons en tant que femmes noires, et de l’application de nos compétences pour construire des projets. Je ne compte même plus le nombre de projets cools et divers qui ont été énoncés ! J’étais vraiment heureuse de voir cette réserve d’idées. Il y en a d’ailleurs que nous espérons mettre en pratique – dès que j’aurais retrouvé un ordi potable, tchip.  La dimension d’empowerment était essentielle à cet atelier pour moi, je voulais qu’elles repartent en sachant qu’elles sont dans leur droit, qu’elles sont légitimes et qu’elles peuvent créer, à leur échelle, des outils pour se réapproprier leur narration.

Chaque séance s’est terminée sur le parvis de la BNF, parfois jusqu’à 2h du matin si je ne me trompe pas lol, tant nous avions à dire, à échanger, de manière franche, sans gêne et sans filtre. (Mention speciale quand la secrétaire blanche a entendu une des participantes parler de privilège blanc 😂).

Ce que je retiens également de cet atelier, c’est qu’il gagnerait aà se décentrer. Des femmes se sont déplacées de loin pour cet atelier, et le thème de l’isolement est revenu souvent, surtout pour celles qui comme moi viennent de province. Je compte donc réitérer l’expérience hors de Paris et hors de l’Université populaire, et je vous invite à balancer vos commentaires pour me dire où devrait être ma prochaine destination ;).

D’un point de vue personnel, ça m’a énormément touché de voir que mon blog avait touché certaines des participantes dans leur parcours, et la manière dont elles voulaient “susciter la même chose” à leur tour – (et par la même occasion, j’apprends que des professeurs étudient mes textes dans leurs cours… Mmh faudra qu’on m’explique comment ça se passe, ça m’intéresse !). Bref, ça m’a rappelé pourquoi et pour qui j’écris, et surtout le but de ce blog : laisser une trace pour des filles comme moi.

Care et femmes noires #1 : Les ombres de Malcolm X

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Ella Little Collins (demi-soeur de Malcolm X)

Cela fait un moment que je réfléchis à cette série d’articles, et ses composantes. Beaucoup d’articles du côté US traitent du “self care” des femmes noires, permettant à chaque femme noire conscientisée de se ressourcer et d’élaborer des stratégies de résistances dans la société. Se préserver, prendre soin de soi face à l’intersection de plusieurs violences, développer un système de soutien entre ses semblables, le rendre accessible pour éviter l’isolement et le repli… Je n’ai pas trouvé beaucoup d’éléments de ce genre du côté francophone, voire français.

Le hasard a fait que, ayant vu passer çà et là des productions de femmes noires ou des traductions d’ouvrages, j’ai eu envie de faire une série sur le sujet. Parler des conséquences psychiques du racisme et du sexisme sur les femmes noires est encore tabou. Ce sont parfois des considérations que nous avons appris à ne pas relever, étant donné que les femmes noires sont éternellement ramenées au cliché type : on est “agressive, dure, vulgaire, laide”, mais en aucun cas, on ne peut être fragile, ou même parler de dépression.

Qu’il s’agisse de ma propre expérience face au corps médical, ou encore de l'”incroyable force” que l’on nous attribue quand l’on reçoit des insultes misogynes et racistes parce que nous nous exprimons, la manière dont ces attaques ont été minimisées, non pas par leurs auteurs, mais par d’autres qui aiment se penser antiracistes en se couchant le soir, bref, quelque soit la raison que vous choisirez parmi tout cela,  c’est un sujet difficile à mettre sur la table pour moi.

Néanmoins, la force et le soutien infaillibles me sont venus de ces mêmes femmes noires, tout aussi fatiguées que moi parfois. Lors d’un pique-nique dans un parc, lors d’une conversation, à travers un article où elles se sont exprimées, toutes ont contribué à leur façon à ce que je me sente mieux. J’ai lu, écouté, puis lu encore.

Alors, il faut bien l’écrire. Voici donc une série de posts intitulée Care et femmes noires, où je m’appuierai sur des travaux et des supports divers. Promis, vu qu’il s’agit de parler de care, l’ambiance ne sera pas aussi pesante dans les prochains articles !

#1 Les Ombres de Malcolm X

TW: validisme, misogynoir, démembrement

Dans ma lecture progressive de Malcolm X, une vie de réinventions de Manning Marable, deux figures m’ont inspiré ce premier post sur le Care. Ella Collins, demi-soeur de Malcolm, et sa mère, Louise Little. Ce qui transparaît dans ce que décrit cette biographie sont les conditions qui vont les précipiter dans un état psychique fragilisé.

Un premier exemple est sans doute la facilité avec laquelle certaines femmes noires étaient internées :

Deux décennies après ces événements [plusieurs incarcérations], elle est admise à l’hôpital psychiatrique central du Massachussetts à la suite d’une inculpation pour port d’arme dangereuse. […] Bien que [le directeur du centre psychiatrique] rapporte qu’elle fut “une patiente modèle, tout à fait raisonnable, faisant preveu de finesse d’esprit, d’intelligence et de charme” il note aussi qu’Ella avait un “caractère paranoïaque et qu’en raison du caractère militant de sa personnalité[…] on pouvait la considérer comme dangereuse“. (P.70)

A l’instar de Malcolm, Ella a été sensibilisée au mouvement de Marcus Garvey, prônant un retour en Afrique et une fierté noire. Elle est une des personnes qui va inspirer Malcolm et, au cours de sa vie, elle contribuera de près ou de loin à l’activisme de ce dernier, même quand il décidera de quitter la Nation de l’Islam pour créer son propre mouvement, Organization of African American Unity; et dont elle deviendra présidente après son assassinat.

Je n’ai pas trouvé plus d’informations sur la vie d’Ella Collins durant son internement, mais il me semblait important de citer les raisons énoncées par le corps médical dans son dossier. En somme, on peut d’ores et déjà voir comment les institutions ont pleinement participé à une politique ségrégationniste, en estimant dangereuse cette femme activiste. Pas sûre que les membres du KKK aient eu droit au même traitement *boit son thé*.

Mais le plus triste exemple est sans doute celui de Louise Little. Après l’assassinat raciste et immonde du père de Malcolm X – ce dernier a été battu et jeté sous un tramway -, Louise Little se retrouve seule avec ses sept enfants. Si l’administration de l’époque accorde une aide très minime à la mère de famille, cette aide se solde par un contrôle constant du quotidien de la famille par l’administration.  Louise va multiplier les petits jobs pour subvenir aux besoins de ses enfants, en quête d’une autonomie qu’elle ne trouvera jamais.

Harcelée et humiliée à plusieurs reprises par le voisinage blanc et par l’assistante sociale, et abandonnée enceinte de son huitième enfant par l’homme qu’elle fréquente après son mari défunt, Louise s’effondre physiquement et mentalement :

“Quelques jours avant Noël, des policiers la trouvent errante pieds nus le long d’une route enneigée, portant son dernier enfant sur la poitrine. Elle semble traumatisée et ne sait pas où elle se trouve.”

A la suite de cet incident, elle sera internée pendant 24 ans.

Louise et Earl Little, parents de Malcolm

Si j’ai choisi ces deux femmes dans l’histoire de Malcolm X, c’est parce qu’il me semble important que, dans la conception de care, il y ait une reconnaissance des douleurs et des fragilités subies par les femmes noires, qu’il s’agisse d’un point de vue psychologique ou matériel. Que ce soit par les normes ségrégationnistes ou patriacarles, l’autonomie des femmes noires et leur survie étaient extrêmement difficiles, et les condamnaient souvent à la solitude et à la précarité. La mythologie de l’antiracisme a contribué à minimiser l’impact de l’activisme sur les femmes noires ayant choisi de s’y consacrer et, le plus souvent, a participé à leur effacement dans l’Histoire.

Ainsi peut-on voir Rosa Parks comme la femme du bus, aux dépends de sa carrière et de son implication et ce n’est malheureusement qu’un exemple parmi tant d’autres.

Malcolm, lui-même, a nourri une pensée misogyne en estimant les femmes faibles et fragiles après l’internement de sa mère, et opposait Ella à celle-ci, qu’il estimait plus”forte”(ouais, il était pas parfait, et il n’était pas  le seul). Cette hiérarchisation misogyne repose notamment sur des critères virilistes, comme l’expliquait Mirion Malle dans sa BD : par son franc parler et ses activités douteuses (cambriolages, vols, combines) habituellement attribuées aux hommes, Ella méritait donc d’être valorisée pour n’avoir pas sombré et, surtout, pour avoir poursuivi ses ambitions, à l’inverse de Louise Little.

Donc, résumons : si la misogynoir se faisait déjà remarquer au sein des institutions, le validisme institutionnel était une oppression supplémentaire, obstacle supplémentaire à l’autonomie des femmes noires. Et si l’on remonte encore plus loin dans l’Histoire, rappelons déjà qu’en Europe, les femmes noires n’étaient pas considérées comme des “patientes” a priori, mais plus comme des animaux curieux à analyser et à disséquer, comme l’a tristement illustré le sort de Saartjie Baartman, connue sous le nom de Vénus Hottentote.

“Le 1er avril 1815, le rapport du chevalier Geoffroy Saint-Hilaire compare son visage à « un commencement de museau encore plus considérable que celui de l’orang-outang », et « la prodigieuse taille de ses fesses » avec celle des femelles des singes maimon et mandrill à l’occasion de leur menstruation.”

Extrait du film Vénus Noire

Et pour ceux du fond qui douteraient encore du caractère misogynoiriste derrière le traitement de Saartjie Baartman, on notera la manière dont les scientifiques faisaient une fixette sur des parties précises de son physique et l’animalisation qui allait avec :

“Exhibée, exploitée et humiliée en Angleterre puis en France pour les particularités de son corps, des fesses impressionnantes et les petites lèvres du sexe étirées, Saartjie Baartman fut disséquée et étudiée en 1816 par Cuvier. Puis le moulage de son corps et son squelette furent exposés au musée de l’Homme. Et certains organes conservés dans des bocaux.”source

“Après avoir exécuté un moulage de la dépouille mortelle, son corps est disséqué illégalement6 en public dans le laboratoire d’anatomie du Muséum par Georges Cuvier, zoologiste et chirurgien de Napoléon Bonaparte (mais qui voilà ?), qui prélève son squelette, son cerveau et tous les organes génitaux qu’il conserve dans des bocaux de formol. Cuvier recherche « un sexe de crapaux »7 dans les organes génitaux de la femme sud–africaine c’est-à-dire un sexe rembourré”. source

Que conclure ?

Bref, historiquement, il a fallu du temps pour que les femmes noires soient considérées sur bien des plans, mais surtout pour que les conséquences des oppressions sur leur état psychique soient reconnues. Et, malheureusement, on ne peut pas dire que ça ait beaucoup changé. Ô joie.

Pour l’heure, cette série de posts ne tend pas à insuffler un peu de décence à ceux qui minimisent cet état de faits, mais s’inscrit davantage dans une démarche de bienveillance : nous tendons à reproduire, nous femmes noires, ce même type de minimisation qui nous est inculqué et qui nous environne au quotidien. Je ne parle pas simplement du mot “victimisaton” jeté à tout va, mais bien de ce manque de considération pour soi, cet état de nous-même qui n’est ni aggressif, ni en colère, ni dur comme le demande le cliché de l’Angry Black Woman.

La reconnaissance ne doit pas attendre l’approbation des autres, mais bien être le fait des femmes noires. Et je sais à quel point il est difficile de s’autoriser à parler de la dépression ou encore à demander de l’aide, car nous héritons de stigmates tels que nous ne pensons pas y avoir droit ou, pire, que ces derniers font de nous des êtres plus faibles. Sauf que, qu’on se le dise, la “dignité de la femme noire” ne vaut pas grand chose quand elle se solde par le mal être.

Heureusement, des moyens ou stratégie de résistance sont de plus en plus développés, outre-atlantique… et en France ! Avec une thèse comparative sur les travaux littéraires d’auteurEs noirEs francophones et anglophones, l’auteure dont je vous parlerai la prochaine fois à étudier les stratégies de résistances.

Et je peux déjà vous le dire : il y aura du Toni Morrison, dedans.

A suivre.

Red in Blue Trilogie : Léonora Miano réexplore la Négritude

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Woy, voilà un moment que j’ai fini le dernier livre de Léonora Miano, mais je n’avais pas eu le temps de me poser pour écrire. Et pourtant, ce livre le mérite. Je n’ai pas (encore) lu La saison de l’ombre qui lui a valu le Prix Fémina l’année dernière, mais cette nouvelle plongée dans les thématiques de l’esclavage était rafraîchissante, car, de tout ce que j’ai lu sur le sujet – essai et fiction confondus – je n’ai jamais vu l’esclavage abordé de cette manière.

“Red in Blue Trilogie”, c’est un recueil de trois pièces de théâtre. Déstabilisant au début, celle que l’on connaît pour sa prose poétique s’est essayée au théâtre, un peu plus académique. Disons qu’il est plus facile d’être portée par une introduction qui nous plonge dans l’histoire, que de se heurter à des didascalies ! M’enfin, je crois que c’est la forme littéraire choisie qui a rendu difficile la lecture, un peu plus chaotique. Côté contenu : une merveille !

La première pièce nous plonge dans la mythologie africaine, où chaque nom de déesse et dieu a une signification. Ici, les Âmes à naître refusent de descendre sur terre pour que la prochaine génération soit enfantée, après avoir vu le massacre et la déportation des esclaves. Celles-ci n’accepteront de prendre vie que si Inye, déesse Mère, accepte d’entendre leurs plaintes et de tenir un procès. S’en suit alors un procès de tous les fautifs : rois corrompus ayant cautionné la traite avec des rois européens, religieuses et sorcières ayant abusé des femmes de leur village, etc. Qui ment ? Qui dit la vérité ? A travers ce huit-clos mythologique, Miano m’a vraiment conquise en abordant ce sujet tabou : argument favori utilisé par des personnes blanches pour mieux dédouaner l’Europe, la participation de certains individus ne doit pas échapper à la réflexion sur l’esclavage et sa commémoration, et surtout explore ce qu’on ne dit pas sur les conditions de ces fautifs faciles.

Seconde pièce, on rejoint les Neg marrons de la Jamaïque, tiraillés entre faire la guerre aux esclavagistes blancs pour délivrer ceux restés dans les plantations et vivre libre dans les montagnes , ou vivre en paix avec ces esclavagistes en renonçant à aller chercher les siens… C’était une histoire émouvante, remettant en cause notamment la fraternité qui, dans une situation de lutte, peut être soumise à de nombreux dilemmes.

Enfin, celle que j’ai aimé le moins peut-être, et qui pourtant parlera à plus d’un : une jeune femme part au Cameroun avec le corps de son frère défunt, espérant pouvoir le faire enterrer dans le village dont ils sont originaires. Mais le village paisible où va se jouer une longue confrontation avec les habitants, va être l’occasion également de relever toutes les interrogations d’un “là-bas”, ce “chez soi” dont on ne connaît rien, ou peu, quand on naît en Europe. Le “retour au pays premier”, aux origines, est-il aussi évident pour les africains, qu’il ne l’est pour les afrodescendants ?

Pour moi, Léonora Miano signe encore une oeuvre essentielle et contemporaine, en tant qu’elle touche aux interrogations d’afrodescendants dont on questionne la légitimité, ici comme là-bas. Cet “entre-deux”, qui a commencé entre deux rives, s’étend entre les générations, et il est important de l’interroger.

“Aller de l’avant”: une toxicité, à l’épreuve de la temporalité

Les récentes discussions sur Twitter tournaient autour de la toxicité dans le(s) milieu(x) militant(s), discussions que j’ai regardé de loin, perplexe. Puis, par hasard, j’ai vu, puis lu d’autres articles ou réflexions sur le sujet, et j’ai finalement réussi à … Continue reading

Afropunk à Paris : dépolitisé par la French Touch ?

Tout a été très bien expliqué sur les problèmes de l’édition d’Afropunk hébergée à Paris il y a quelques jours déjà, et cela explique certainement pourquoi j’ai seulement passé un bon moment de divertissement lors de cette soirée. C’était une première édition qui, … Continue reading

Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwartz-Bart : commémorer, une autre manière de raconter l’esclavage

« J’entends les paroles, les éclats de rire de man Cia là-bas au milieu de ses bois, et je pense à ce que en est de l’injustice sur la terre, et de nous autres en train de souffrir, de mourir silencieusement … Continue reading