#4 Rencontre avec Amandine Gay: Le féminisme blanc

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Comédienne, réalisatrice, pigiste… J’ai rencontré Amandine Gay, réalisatrice afroféministe du documentaire Ouvrir la Voix, afin de savoir ce qui l’a conduit à faire ce documentaire sur les femmes noires de France. De son parcours jusqu’aux anecdotes de tournage, elle nous en dit plus sur elle et son cheminement. En attendant la table ronde organisée le 23 février à Paris , un entretien sera posté chaque jour jusqu’à Samedi !

Enjoy !

#2 Rencontre avec Amandine Gay :Science po “l’élite de la nation”

Partie 1

Comédienne, réalisatrice, pigiste… J’ai rencontré Amandine Gay, réalisatrice afroféministe du documentaire Ouvrir la Voix, afin de savoir ce qui l’a conduit à faire ce documentaire sur les femmes noires de France. De son parcours jusqu’aux anecdotes de tournage, elle nous en dit plus sur elle et son cheminement. En attendant la table ronde organisée le 23 février à Paris , un entretien sera posté chaque jour jusqu’à Samedi !

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Mythologie de l’antiracisme – Partie 1

Cet article a été écrit à la suite des manifestations contre Exhibit B et de leur traitement médiatique. Il va sans dire que les derniers évènements et le climat actuel en France sont également soumis à cette mythologie antiraciste qui … Continue reading

[10/18]”Les racines déchirées”de Petina Gappah – Zimbabwe

Depuis le temps que j’en parle ! On ouvre la nouvelle année avec un tour d’horizon – un peu réduit – de la littérature africaine moderne. En effet, la visibilité des littératures afros a beau être très diversifiée, elle met … Continue reading

Beautés noires : La femme noire et le white gaze

[Trigger Warning/Avertissement : agressions sexuelles, violence, spoile] Si vous suivez How to get away with murder, vous n’avez pas manqué la scène marquante où l’héroïne se démaquille et se dévêtit de tous ces apparâts pour se révéler à elle-même dans … Continue reading

Le paradoxe des jours

 

 

Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit de posts “Day to day”. Ca me permet parfois de me souvenir que ce blog est, avant d’être une plateforme où je peux créer, écrire, inviter d’autres personnes, à moi.

Pour celleux qui me suivent sur Twitter, ce dernier mois (et quelques semaines) ont été très difficiles moralement et épuisant physiquement ; cumulant à la fois l’arrivée sur Paris, la recherche d’appartements et de perte ou déception en amitié. Ce qui est toujours surprenant est l’espèce d’écart entre l’incroyable bonté et solidarité qu’à susciter ce mauvais passage de ma vie chez des personnes qui ne me connaissent pas – si ce n’est pour ce qu’ils lisent de moi -, et le moral en miettes que je me suis traînée durant ces longs jours avec la violence du quotidien – raciste mais pas que.

Et puis est venu ce moment où, à force d’être éreintée et déprimée, j’ai mis sur pause ou de côté toutes les choses et personnes qui fragiliseraient le peu d’esprit positif qui me restait. Y compris Twitter. J’ai recommencé à me sentir bien, à retrouver mon côté solaire, à gérer les choses une par une, malgré la frustration. Je me suis isolée, j’ai lu, ri, aimé avec les personnes qui étaient encore là. Et puis, j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un d’encore plus solaire et positif que moi : quand on est prêt du soleil, on cesse petit à petit d’avoir froid et on se souvient de ce que c’est que d’avoir chaud et de se sentir bien. On se détend, on reprend ses marques.  J’ai continué de regarder de loin ce qui se faisait çà et là, j’ai continué d’écrire et j’ai recommencé à être émerveillée par les personnes que je rencontrais par hasard. D’une certaine manière, couper avec le reste pour ne voir que du nouveau et de l’éphémère était moins lourd à gérer.

C’est donc au moment où je m’y attendais le moins que tout m’est tombée dessus. Ca a commencé avec l’interview sur Slate, un mail un peu par hasard, puis une rencontre dans un café, et quelques jours plus tard, une vague de visites, de mots gentils dans ma boîte mail, sur mon blog, ma page facebook. Et au milieu de ces personnes inconnues, des journalistes, des éditeurs, etc…

Le jour où j’ai tenu les clés de mon nouvel appartement dans mes mains était le même jour où je me retrouvais face à une secrétaire qui me demandait “qui dois-je annoncer ?“. “Mrs Roots“.  D’un coup, ce qui était un blog commencé un jour d’été, il y a un an, avait une sorte d’entité au-delà du virtuel. Certes, j’avais déjà reçu des messages adorables de lecteurs et lectrices , mais c’est quelque chose que je ne percute jamais vraiment : je me sens toujours reconnaissante que quelqu’un trouve ici quelque chose qui le réconforte, des rencontres extraordinaires que cela m’apporte, c’est une sorte de bonus à ce que je prends plaisir de faire pour moi, et d’autres filles comme moi.

Ainsi déferla une incroyable bonne vibe, au point que j’en sois submergée, que je me pose et que je me retrouve à me dire “c’est un truc de dingue” à répétition. Je mentirai si je disais que cette vague de bonnes choses et de projets inattendus suffisaient à masquer mon amertume. Mais, une très bonne amie m’a rappelé que j’avais le droit de prendre le temps. Prendre le temps de ne plus être en colère, de sentir de la rancune , de me sentir fragile et déçue. De pleurer et jurer, aussi. Prendre le temps d’être égoïste, à mon tour, chose que j’oublie énormément. C’est un peu triste de tenir une liste de personnes à remercier, à côté d’une autre liste de relations incertaines ou troubles, mais j’ai décidé de ne maintenir que le bon pour le moment, parce que c’est tout simplement ce dont je suis capable. Je n’ai plus d’énergie pour aller chercher et retenir des choses ou des gens, ni la force de m’en vouloir de ne pas le faire.

On oublie parfois que le positif, ce n’est pas nécessairement que tout est réglé, mais juste quelque chose que l’on essaie de semer là où ça veut bien pousser, là où l’on peut s’en occuper. Si ça tient, pousse et grandit, tant mieux. Si cela fane, tant pis.

Je vais bien. Ca peut être dans le métro, en sortant du boulot, assise devant une série, ou simplement avec certaines personnes, mais je vais bien. Parce qu’au fond, ces aléas sont parmi d’autres et qu’en attendant le reste à venir, je veux profiter de ces mises entre parenthèses pour ressentir cette joie du “au jour le jour”, celle qui pointe le bout de son nez quand je lis un de vos messages, de vos commentaires ou tweets. Cette joie qui est là quand je ris à une blague stupide, ou que je découvre un nouveau livre…

Parce qu’au fond, dans les limites de cette bulle que j’aime me tracer, je suis toujours cette fille qui a ouvert il y a un an son blog, seule dans sa chambre. Et ça ne m’empêche pas d’être heureuse.

 

De Billie Holiday à Miguel Asturias… Premier café littéraire !

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Avec les aléas du quotidien, j’ai bien cru que ce café littéraire tomberait à l’eau ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on serait passé à côté d’un bon moment. Vous avez été quelques uns à me demander où/quand/pour qui se tenait ce café, et il est normal que peu de personnes n’aient eu d’informations pour cet événement car je voulais d’abord faire un premier essai. C’est donc en petit comité entre femmes “racisées” que nous avons tenté l’expérience, sans thème défini pour cette première rencontre où chacune a emmené le livre de son choix. Voici la liste des oeuvres qui ont été présentées :

  • Tar Baby – Toni Morrison

  • Plats d’existences – N. Bachet, F. Mourlon, E. Lasida

  • L’oeil le plus bleu – Toni Morrison

  • La carte d’identité – J.M Adiaffi

  • Noire, la couleur de ma peau blanche – Toi Derricotte

  • Lady sings the blue – Billie Holiday

  • Les Belles Ténébreuses – Maryse Condé

  • Monsieur le Président – Miguel Asturias

  • From a place of Blackness – Andile Mngxitama, Aryan Kagunot

A mon grand étonnement – j’avais peur qu’il y ait des silences -, chaque livre a donné place à des discussions très très riches !  Au point qu’il faille nous rappeler que nous n’avions pas fini de faire le tour de table et qu’il nous fallait voir tous les livres avant la fin du café. Il était intéressant de voir également les différentes perspectives, notamment pour L’oeil le plus bleu que j’avais lu et dont l’interprétation de la fin était bien différente pour l’une des participantes. J’ai énormément appris, tant sur les personnes présentes que sur les réflexions qui ont découlé de ces lectures. Aussi, je pense avoir surpris tout le monde avec, parmi les livres que j’ai amené, un livre de recettes (axé sur le partage des cultures à travers des plats internationaux et le vécu des personnes qui ont proposé ces recettes) ! L’occasion de montrer qu’il n’y a pas de “bons” ou de “mauvais” livres 🙂

Je pense sérieusement réitérer l’événement et je pense avoir déjà choisi le thème : l’engagement. On reste souvent attacher à l’idée que l’engagement s’apprend nécessairement dans les essais théoriques, mais pour avoir commencé avec de la fiction, j’aime l’idée de ces livres qui ont participé à un certain cheminement ! Aussi, l’engagement est multiple : il peut être vis-à-vis d’une cause comme vis à vis de soi, des autres… Et même quand il s’agit de soi, ça peut être un engagement suivant une chose en particulier. Bref, l’intérêt d’un thème large est l’investissement que les participants y mettent, avec leur enthousiasme et leurs réflexions !

Quant au public visé, j’ai été sensible à cette sécurité qui a permis de délier les paroles de ces femmes “racisées”, ce que je tiens à conserver. Toutefois, il y a eu des discussions où j’aurais été curieuse de voir des hommes “racisés” participer, notamment pour des thèmes comme “l’engagement”. Je dois y réfléchir encore un peu 🙂

Aussi, vous aurez peut-être l’occasion de voir quelques images de ce café dans le documentaire très attendu d’Amandine Gay, Ouvrir la Voix, dont l’équipe qui nous a suivi durant ces quelques heures.

De belles rencontres en perspective !

[Bookreview] La ballade de Baby : une enfance désenchantée

[Trigger Warning : maltraitance sur enfants, agression sexuelle]

A Montréal, on suit le quotidien précaire de Baby, une jeune fille de 12 ans, rêveuse qui suit, entre fantaisies et journées incertaines, son père junky. En grandissant dans l’ombre de sa mère décédée, Baby appréhende l’adolescence, terrain minée où son corps ne répond plus et où son rapport au monde se mue en quelque chose de douloureusement réel.

Heather O’neil réussit à nous décrire une vie dramatique avec le regard de l’enfance, ; à la fois poétique et incroyablement lucide sur le monde des adultes. On oscille constamment entre une incroyable douceur, et une violence cristallisée.

Personnellement, je reste mitigée par ce filtre de l’enfance, qui rend certains passages incroyablement cru dans ce que le sexe incarne pour elle. C’est à la fois transgressif et dérangeant, de sorte que la dureté de certains évènements semblent au premier abord soupesé, avant que le lecteur ne mesure lui-même l’écart entre ce filtre et la violence réelle.

Je regrette cependant l’essoufflement du roman qui, à force d’être coupée par des longueurs, perd de son intensité, avec une fin peu bâclée.

[BookReview] Complicit No More : la claque intersectionnelle qui fait du bien

Complicit No More

 

“Black feminism has also taught me how to be a better ally, because it insists that if I remain silent on issues that do not directly affect me, I become an accomplice to inequality and injustice”

“Le féminisme noir m’a également appris comment être une meilleure alliée, parce qu’il insiste sur le fait que si je reste silencieuse à propos des problèmes qui ne me concernent pas directement, je deviens une complice de l’inégalité et de l’injustice”.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’intersectionnalité, j’ai eu à faire ce choix particulier qui se présente à chacun(e): fermer les yeux et me taire sur le fait que mon confort repose sur les oppressions des uns et que mon oppression repose sous le confort des autres, ou l’ouvrir et en parler. Je me suis toujours dit que ne rien dire, c’était cautionner, être complice malgré tout avec les dominations établies. La lecture de Complicit No More m’a fait rappeler ces premières interrogations, rappelant comme il est facile d’être le complice d’une société aux oppressions et aux victimes diverses.

Reprenant l’intersectionnalité au sens propre du terme, les auteures de chaque article sont des femmes “racisées”qui parlent de leurs positions et de leurs vécus, suivant différentes intersections à la race, comme le veut la définition de Crenshaw.P ar différentes expériences, on traverse différentes conditions de féministes racisées, où la non-mixité des participantes à l’essai permet de se plonger dans une sorte d’incubateur du féminisme des femmes “racisées”. Et ça fait du bien ! Loin du bloc monolithique qui consisterait à englober toutes ces protaganistes, le noyau de ces approches étant la race permet d’appréhender le féminisme sur différents continents et des perspectives de collaborations internationales.

Ces dernières réflexions sont liées à la considération de l’espace publique, qui est très évoquée dans cet essai : être une femme queer dans une entreprise au dress code exigent, être une femme noire dans un poste à haute responsabilité au milieu des relations internationales, passer d’un espace médiatique où l’on est considéré partiellement à un espace occidental où l’on est invisible, etc.

Le rapport à l’espace et à la sororité est vraiment le socle des enjeux féministes. Il y a un certain optimiste lucide que j’ai retenu de cette lecture : loin d’une sororité “salvatrice” (du type “sauver les femmes musulmanes”, “sauver les femmes du tiers monde”), on pense une sororité qui a ses limites à la fois culturelles et politiques, mais aussi historiques (notamment par rapport à la mémoire du féminisme selon les pays).

Et, surtout, cette sororité, non divisive, mais divisée n’empêche pas une entraide dans la lutte contre le patriarcat. Bref, un concentré de pistes de réflexions qui montre qu’il reste des choses, pas seulement à faire, mais à construire.

Si beaucoup regretteront les quelques pages que constituent ce premier essai (seulement 140 pages environ) où toute la diversité des femmes n’est pas balayée, Complicit No More demeure un livre très riche, qui donne accès à pas mal de références par une courte bibliographie des auteurs, des noms de féministes peu connues, et des liens vers les associations ou essais dont elles se sont servies.

Vous pouvez visionner ici la conférence donnée par les auteures :

Media Diversified est à l’origine de ce projet, et on espère fortement qu’ils feront une seconde édition ! Ce livre est en anglais, mais je l’ai trouvé très accessible. Je n’aime pas vraiment les regroupements d’articles car je les trouve souvent inégaux, mais pour le coup, j’ai trouvé chaque article passionnant et je n’en ai pas esquivé un seul !