Le paradoxe des jours

 

 

Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit de posts “Day to day”. Ca me permet parfois de me souvenir que ce blog est, avant d’être une plateforme où je peux créer, écrire, inviter d’autres personnes, à moi.

Pour celleux qui me suivent sur Twitter, ce dernier mois (et quelques semaines) ont été très difficiles moralement et épuisant physiquement ; cumulant à la fois l’arrivée sur Paris, la recherche d’appartements et de perte ou déception en amitié. Ce qui est toujours surprenant est l’espèce d’écart entre l’incroyable bonté et solidarité qu’à susciter ce mauvais passage de ma vie chez des personnes qui ne me connaissent pas – si ce n’est pour ce qu’ils lisent de moi -, et le moral en miettes que je me suis traînée durant ces longs jours avec la violence du quotidien – raciste mais pas que.

Et puis est venu ce moment où, à force d’être éreintée et déprimée, j’ai mis sur pause ou de côté toutes les choses et personnes qui fragiliseraient le peu d’esprit positif qui me restait. Y compris Twitter. J’ai recommencé à me sentir bien, à retrouver mon côté solaire, à gérer les choses une par une, malgré la frustration. Je me suis isolée, j’ai lu, ri, aimé avec les personnes qui étaient encore là. Et puis, j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un d’encore plus solaire et positif que moi : quand on est prêt du soleil, on cesse petit à petit d’avoir froid et on se souvient de ce que c’est que d’avoir chaud et de se sentir bien. On se détend, on reprend ses marques.  J’ai continué de regarder de loin ce qui se faisait çà et là, j’ai continué d’écrire et j’ai recommencé à être émerveillée par les personnes que je rencontrais par hasard. D’une certaine manière, couper avec le reste pour ne voir que du nouveau et de l’éphémère était moins lourd à gérer.

C’est donc au moment où je m’y attendais le moins que tout m’est tombée dessus. Ca a commencé avec l’interview sur Slate, un mail un peu par hasard, puis une rencontre dans un café, et quelques jours plus tard, une vague de visites, de mots gentils dans ma boîte mail, sur mon blog, ma page facebook. Et au milieu de ces personnes inconnues, des journalistes, des éditeurs, etc…

Le jour où j’ai tenu les clés de mon nouvel appartement dans mes mains était le même jour où je me retrouvais face à une secrétaire qui me demandait “qui dois-je annoncer ?“. “Mrs Roots“.  D’un coup, ce qui était un blog commencé un jour d’été, il y a un an, avait une sorte d’entité au-delà du virtuel. Certes, j’avais déjà reçu des messages adorables de lecteurs et lectrices , mais c’est quelque chose que je ne percute jamais vraiment : je me sens toujours reconnaissante que quelqu’un trouve ici quelque chose qui le réconforte, des rencontres extraordinaires que cela m’apporte, c’est une sorte de bonus à ce que je prends plaisir de faire pour moi, et d’autres filles comme moi.

Ainsi déferla une incroyable bonne vibe, au point que j’en sois submergée, que je me pose et que je me retrouve à me dire “c’est un truc de dingue” à répétition. Je mentirai si je disais que cette vague de bonnes choses et de projets inattendus suffisaient à masquer mon amertume. Mais, une très bonne amie m’a rappelé que j’avais le droit de prendre le temps. Prendre le temps de ne plus être en colère, de sentir de la rancune , de me sentir fragile et déçue. De pleurer et jurer, aussi. Prendre le temps d’être égoïste, à mon tour, chose que j’oublie énormément. C’est un peu triste de tenir une liste de personnes à remercier, à côté d’une autre liste de relations incertaines ou troubles, mais j’ai décidé de ne maintenir que le bon pour le moment, parce que c’est tout simplement ce dont je suis capable. Je n’ai plus d’énergie pour aller chercher et retenir des choses ou des gens, ni la force de m’en vouloir de ne pas le faire.

On oublie parfois que le positif, ce n’est pas nécessairement que tout est réglé, mais juste quelque chose que l’on essaie de semer là où ça veut bien pousser, là où l’on peut s’en occuper. Si ça tient, pousse et grandit, tant mieux. Si cela fane, tant pis.

Je vais bien. Ca peut être dans le métro, en sortant du boulot, assise devant une série, ou simplement avec certaines personnes, mais je vais bien. Parce qu’au fond, ces aléas sont parmi d’autres et qu’en attendant le reste à venir, je veux profiter de ces mises entre parenthèses pour ressentir cette joie du “au jour le jour”, celle qui pointe le bout de son nez quand je lis un de vos messages, de vos commentaires ou tweets. Cette joie qui est là quand je ris à une blague stupide, ou que je découvre un nouveau livre…

Parce qu’au fond, dans les limites de cette bulle que j’aime me tracer, je suis toujours cette fille qui a ouvert il y a un an son blog, seule dans sa chambre. Et ça ne m’empêche pas d’être heureuse.

 

De Billie Holiday à Miguel Asturias… Premier café littéraire !

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Avec les aléas du quotidien, j’ai bien cru que ce café littéraire tomberait à l’eau ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on serait passé à côté d’un bon moment. Vous avez été quelques uns à me demander où/quand/pour qui se tenait ce café, et il est normal que peu de personnes n’aient eu d’informations pour cet événement car je voulais d’abord faire un premier essai. C’est donc en petit comité entre femmes “racisées” que nous avons tenté l’expérience, sans thème défini pour cette première rencontre où chacune a emmené le livre de son choix. Voici la liste des oeuvres qui ont été présentées :

  • Tar Baby – Toni Morrison

  • Plats d’existences – N. Bachet, F. Mourlon, E. Lasida

  • L’oeil le plus bleu – Toni Morrison

  • La carte d’identité – J.M Adiaffi

  • Noire, la couleur de ma peau blanche – Toi Derricotte

  • Lady sings the blue – Billie Holiday

  • Les Belles Ténébreuses – Maryse Condé

  • Monsieur le Président – Miguel Asturias

  • From a place of Blackness – Andile Mngxitama, Aryan Kagunot

A mon grand étonnement – j’avais peur qu’il y ait des silences -, chaque livre a donné place à des discussions très très riches !  Au point qu’il faille nous rappeler que nous n’avions pas fini de faire le tour de table et qu’il nous fallait voir tous les livres avant la fin du café. Il était intéressant de voir également les différentes perspectives, notamment pour L’oeil le plus bleu que j’avais lu et dont l’interprétation de la fin était bien différente pour l’une des participantes. J’ai énormément appris, tant sur les personnes présentes que sur les réflexions qui ont découlé de ces lectures. Aussi, je pense avoir surpris tout le monde avec, parmi les livres que j’ai amené, un livre de recettes (axé sur le partage des cultures à travers des plats internationaux et le vécu des personnes qui ont proposé ces recettes) ! L’occasion de montrer qu’il n’y a pas de “bons” ou de “mauvais” livres 🙂

Je pense sérieusement réitérer l’événement et je pense avoir déjà choisi le thème : l’engagement. On reste souvent attacher à l’idée que l’engagement s’apprend nécessairement dans les essais théoriques, mais pour avoir commencé avec de la fiction, j’aime l’idée de ces livres qui ont participé à un certain cheminement ! Aussi, l’engagement est multiple : il peut être vis-à-vis d’une cause comme vis à vis de soi, des autres… Et même quand il s’agit de soi, ça peut être un engagement suivant une chose en particulier. Bref, l’intérêt d’un thème large est l’investissement que les participants y mettent, avec leur enthousiasme et leurs réflexions !

Quant au public visé, j’ai été sensible à cette sécurité qui a permis de délier les paroles de ces femmes “racisées”, ce que je tiens à conserver. Toutefois, il y a eu des discussions où j’aurais été curieuse de voir des hommes “racisés” participer, notamment pour des thèmes comme “l’engagement”. Je dois y réfléchir encore un peu 🙂

Aussi, vous aurez peut-être l’occasion de voir quelques images de ce café dans le documentaire très attendu d’Amandine Gay, Ouvrir la Voix, dont l’équipe qui nous a suivi durant ces quelques heures.

De belles rencontres en perspective !

Review : Bande de Filles

 

(Article originellement publié sur Just Follow Me)

Quand je n’écris ou ne lis pas, je rencontre toujours du monde par hasard, et c’est une rencontre fortuite qui m’a donné la possibilité d’assister à la projection du film Bande de filles, une avant-première organisée par la Quinzaine des Réalisateurs, à Paris.

 

Présenté à Cannes, le film de Céline Sciamma a autant bénéficié que souffert d’une promotion grossière, parfois à l’angle mal choisi avec le label de la “jeunesse noire” (ah bon ?). Si le talent de la réalisatrice est avéré, notamment avec son film Tom Boy, j’étais très sceptique face au bruit médiatique un peu caricatural. Et, plongée au milieu de cette salle obscure bondée jusque dans les escaliers, assise à côté de mon amie, elle aussi, une femme noire, je peux dire qu’heureusement que, ce bruit, je ne l’ai pas écouté…

 

[Attention spoilers]

 

Un œil différent

 

Sciamma ne nous plonge pas dans la banlieue même mais bien dans le quotidien de Marieme (Karidja Touré), une jeune fille de seize ans oscillant entre un foyer régi par l’autorité lourde et violente de son frère aîné, seul homme de la famille, la crainte que ses petites sœurs en subissent les sévices, la pudeur isolante de sa mère, et une société aveugle à sa vie. Ainsi, entre une maison dans laquelle elle n’est pas tout à fait à l’abri et un monde qui ne semble pas l’attendre ou pire, qui n’a pas de place pour elle, Marieme trouve son équilibre dans l’amour de cette autre famille qu’est son groupe d’amies.

 

On retrouve la valeur de cette amitié entre femmes noires qui, plus qu’une affinité, relève souvent de la survie sociale, en proposant un espace sain et sauf pour ces jeunes femmes qui doivent faire face au racisme, au harcèlement de rue, à ce statut social prédéterminé de mère de famille qu’on veut parfois leur imposer. Non, Marieme, elle, veut un avenir, et de cette ascension sociale dont elle semble privée, elle lutte pour conserver au moins ces moments épars de bonheur qu’elle peut saisir.

 

Cette marche en équilibre entre légèreté de l’adolescence et gravité du quotidien, Sciamma la transmet par une esthétique très intelligente : on échappe à l’habituelle playlist rap sortie pour tous les films portant sur la banlieue, pour une bande-son pop et surprenante. Le cadre se fait oublier dans les moments les plus intenses de sorte que le spectateur se retrouve dans ces pièces, et toujours ces courtes pauses d’une douceur extrême, où la gorge se serre.

 

Ces lois invisibles

 

Sans doute la prouesse de la réalisatrice réside dans le rendu de ces lois invisibles, comme cette scène saisissante où ce grand groupe de jeunes filles bavarde joyeusement en rentrant du sport le soir, avant de se taire aussitôt qu’elles ont gravis les premiers escaliers de leur cité, sous le regard lourd des garçons traînant dans les environs. C’est dans ces lois tacites que Sciamma nous montre les codes d’un quotidien que l’on ne connaît pas forcément, une familiarité qui parlera certainement aux plus concernées d’entre nous.

 

Comment donc grandir dans un univers inextricable ? Quelle échappatoire ? L’étau se ressert chaque fois que la caméra vole ces moments d’incertitude et d’angoisse dans le regard de l’adolescente, sans jamais juger, mais toujours témoigner.

 

On regrettera tout de même certains écueils comme l’érotisation de certains moments un peu inutile, et le vide de certains personnages. Aussi, le principal défaut du film est l’instrumentalisation qui va en être faite : je ne serais pas surprise de voir des experts sauter sur ce film pour lui donner un caractère emblématique, effaçant encore une fois la diversité des communautés afros – ce qui manque également au film, mais on ne peut pas tout dire ou tout décrire – et aussi les différentes trajectoires.

 

Un film sur la jeunesse noire, donc ? Non, seulement l’histoire d’autres Marieme rêvant d’être Vic.

 

Soyons honnêtes : le film était aussi très attendu pour la mise en avant des minorités ethniques. Il fut agréable – et même salvateur – que le film ait privilégié le réalisme plutôt qu’un colorisme marketing qui aurait privilégié des actrices et acteurs peu foncées et aux traits fins. Je pense notamment à la romance de Marieme.

 

La qualité du film réside considérablement dans son identité afropéenne : saisissante de justesse, Sciamma ne joue pas la carte des traditions et des origines pour définir l’identité de ces jeunes filles, mais bien l’émergence de leurs personnalités face à leur environnement. La violence, verbale comme physique, est un recours, et le choix d’y avoir recours est un privilège. Ce privilège, ces jeunes filles ne l’ont pas toujours. Quand cette violence s’impose comme le seul moyen de survivre et de s’exprimer, qui sommes-nous pour juger ? Cette réalité n’est pas délivrée de manière misérabiliste, mais bien comme une vérité trop souvent stigmatisée dans les médias, comme lors des émeutes de 2005.

 

Toutes les femmes noires ne se retrouveront pas dans ce film car la couleur ne fait pas notre parcours, mais toutes seront, je pense, heureuses qu’il y ait un film comme celui-ci. Peu de gens comprendront la référence aux cheveux afros coupés, le symbolisme du geste et du cheveu lui-même – comme lorsque Marieme passe des tresses au tissage. Et c’est dans l’intimité de ces détails que, sans doute, chaque femme noire sourira. Pour nos sœurs, nos amies, nos mères. Pour nous-mêmes. J’aime à croire que ce film est une ouverture d’un autre cinéma français encore trop lisse, trop uniforme et unicolore, et qu’il marquera le début d’une belle étagère de films similaires.

 

Avec Karidja Touré, Assa Sylla, Lyndsay Karamoh, Mariétou Touré

 

[10/18] La femme qui décida de passer l’année au lit

Le jour où ses jumeaux quittent la maison pour entrer à l’université, Eva se met au lit… et elle y reste. Depuis dix-sept ans que le train de la vie l’entraîne dans une course effrénée, elle a envie de hurler : « Stop ! Je veux descendre ! ». Voilà enfin l’occasion. Son mari, Brian, astronome empêtré dans une liaison extra-conjugale peu satisfaisante, est contrarié. Qui lui préparera son dîner ? Eva ne cherche qu’à attirer l’attention, prétend-il. Mais la rumeur se répand et des admirateurs par centaines, voyant dans le geste d’Eva une forme de protestation, se pressent sous la fenêtre de sa chambre, tandis que son nouvel ami, Alexander, l’homme-à-tout-faire, lui apporte du thé, des toasts, et une sollicitude inattendue. Depuis les confins de son lit, Eva va trouver le sens de la vie, rien de moins !

Chaque fois que j’ai prononcé le titre de ce roman autour de moi, les gens ont eu, pour la plupart, la même réaction : “en quoi un roman sur une femme qui reste au lit peut être intéressant ?“, et à la vue de ce petit pavé, j’aurais pu me poser la même question. Sauf que, le livre fini, je réalise que ces réactions sont tout ce que dénonce Sue Townsend : un désintérêt, teinté de mépris sur cette femme décidant de rester au lit, et nous  préférant y voir de la fainéantise plus tôt qu’un véritable mal être.

Derrière cette satire sociale, Townsend dépeint la manière dont une femme peut se sentir piégée sous les normes sociales que l’entourage veut lui imposer, et ce en 2014. Elle retrace le caractère factice de la sphère médiatique, les concessions successives au point de se perdre soi-même, les sacrifices du mariage, l’absurdité des rencontres fortuites… Ainsi, derrière la passivité sous-entendue de son geste – se mettre au lit et se retirer du monde -, Eva bouleverse la vie de son entourage et leur perception du monde, ainsi que celle des badauds venant lui demander conseils. Si le lecteur sait pourquoi cette femme a décidé de se retirer du monde, l’entourage du personnage ne s’en soucie même pas et converge vers le “quand”. Quand va-t-elle se lever ? Qu’est-ce qui pourrait donner vie à cette femme qui n’en veut plus ?

Jamais dans le drame, l’auteur nous rend spectateur d’un cirque incessant, révélant la fragilité des relations humaines avec sa plume cynique et son humour british. Le racisme et sexisme latents et ultra lissés sont toujours dénoncés avec une profonde finesse, sans être excusés, mais à trop vouloir nous rendre les personnages familiers, ils tombent parfois dans une caricature d’eux-mêmes.

Le personnage d’Eva nous questionne considérablement sur la figure de la ménagère, souvent moquée, sous-estimée ou quasi ignorée, et pointe notre responsabilité dans cette tendance à valoriser certains profils par rapport à d’autres, selon des critères bien rôdées (la jeunesse, la réussité professionnelle, ce qui est susceptible de faire le buzz, etc).

Aussi, malgré quelques longueurs, la fin nous plonge précipitamment dans une accalmie émouvante : plus de journalistes, plus d’adorateurs, mais seulement cette femme alors plongée dans le noir, qui ne veut pas se lever, même après plus de six mois. Au coeur de ce cheminement, de ces portraits brefs, parfois grotesques et parfois émouvants, Townsend nous donne une belle leçon sur ce à quoi nous aspirons tous, par égoïsme ou par besoin d’amour : la bienveillance.

 

 

Toni Morrison, John Fante, Haruki Murakami, Teju Cole… autant de noms parcourus et souvent la même édition : les éditions 10/18. Cette année a été forte en rebondissements et en bonnes surprises : parmi elle, un partenariat entre le blog et les éditions 10/18 ! Ce sont des éditions que j’affectionne particulièrement car leur choix d’auteurs me semble toujours ingénieux, voire courageux et innattendu. Par soucis de transparence avec vous , je tenais à vous informer de quelques informations :

  •   Tout choix de livres présentés est le mien. Je continue toujours à analyser ces ouvrages selon l’approche qui est la mienne, c’est à dire en articulant ces intrigues sur les débats sociaux actuelles, l’intersectionnalité, etc.

  •  Je n’obtiens aucune rémunération du fait de ce partenariat, juste une belle bibliothèque et l’occasion de faire découvrir des auteurs qui m’ont plu.

  •  Tout livre ayant été acquis dans le cadre de ce partenariat aura sa critique signalée d’un [10/18] en référence (à côté du titre). 

Week-end Paris-Lyon et Twitter meeting

Je devrais écrire mon mémoire, la page est déjà ouverte. Mais il fait beau alors je prends quelques minutes pour parler de ce week-end à Paris et Lyon. J’ai vagabondé çà et là. J’ai couru entre les métros pour la performance non-identifiée de Léonora Miano pour Just Follow Me Mag: grosse claque. mais aussi assisté aux Ecrans Mixtes avec une séance de débat assez décevante. Mais ce que je retiens particulièrement, c’est la rencontre de ces super personnes rencontrées via Twitter. Des conversations drôles et intéressantes, et parmi elle, une discussion sur la nécessité de créer du contenu francophone sans complexer face à un académisme qui demande des preuves.

L’exclusion et la discrimination sont et devraient être considérés comme des arguments valables pour qu’on refuse de faire la queue en attendant l’aval de “nos pairs” excluants pour certains. J’ai appris en quelques mois une quantité incroyable de choses juste en parlant avec ces personnes; et j’ai découvert à quel point la plupart des gens que je lis ou suis s’interrogeaient également sur la légitimité de leurs propos. Poser un visage, une voix et une attitude était quelque chose d’excitant et de rassurant: c’est un peu comme voir une substance virtuelle des relations via les réseaux prendre vie.

J’ai découvert que cela me manquait de ne pas échanger en vrai sur ces questions avec des personnes qui s’y interessent. Je ne peux pas avoir une conversation sans relever – silencieusement ou non – ces particules de discours xénophobes, homophobes, grossophobes et autres, alors retrouver des gens conscients de cette réalité, c’était un peu comme trouver un espace safe et souffler. Je n’avais pas à me mettre en veille.

Rencontrer d’autres partisans anti-oppressions, c’est être conscient de la proximité d’un réseau virtuel dans la vraie vie. @manyyyy que j’ai rencontré durant cette escapade m’expliquait qu’elle concevait Twitter uniquement comme une interface et qu’elle s’était étonnée de voir que le passage IRL n’était pas évident pour tout le monde. Pour moi, dans le cadre militant, j’ai la sensation que cette timidité nous perd un peu et nous distancie de la notion de mouvement.

Ce genre de week-end me fait penser qu’il n’y a pas nécessairement de besoin de meeting et ou de banderoles pour avoir des réunions et discussions : parler féminisme devant un bagel n’en est pas moins militant. En tout cas, je sais maintenant que je vais multiplier les expériences du genre en rencontrant çà et là ces gens que je lis depuis des mois.

Rosa Parks, Mandela… “Why can’t we wait ?” MLK said [Eng, Fr]

Ce matin, une amie m’a réveillé avec la triste nouvelle de la mort de Mandela. Puis, j’ai vu les tweets, les statuts facebook. Puis les journaux télévisés et chaque homme politique qui y va de sa petite parole, parlant de Mandela comme un héros. Les gens adorent ça. Mettre le mot “héros” avec des étoiles dans les yeux, participer à ce cirque de contemplation et d’admiration, sur ces modèles. Faire des biopics avec le bon acteur/la bonne actrice, une bande-annonce avec une musique poignante à coup de violon.

Oui, nous aimons terriblement ces icônes. Moi-même, je les lis, je regarde ces films à en avoir des frissons. Seulement, pas une seule seconde, quelqu’un se lève pour dire “mais ce n’est pas fini”. Quand on fait remarquer les problèmes sociaux actuels, il y en a beaucoup qui haussent les épaules, à coup de “c’est dommage mais c’est comme ça“. Il y en a beaucoup qui traitent d’illuminés , de radicaux ceux qui dénoncent, ceux qui évoquent même la nécessité de faire quelque chose. Parler d’action ? beaucoup trop radical. On préfère accrocher sa petite photo d’icône au-dessus de son bureau, de garder un livre de leurs mémoires, puis d’aller se coucher dans le confort de son quotidien.

Rosa Parks, puis Mandela… On laisse à ces hommes et ces femmes les problèmes d’aujourd’hui, comme s’ils avaient tout résolu. Comme si aujourd’hui était un monde meilleur. C’est un peu le paroxysme de notre mauvaise foi.  On veut juste garder ses pantoufles.

“Ce n’était pas pareil qu’aujourd’hui ” diront certains. C’est vrai. C’était pire. Pensez-vous vraiment que ces hommes se sont dit “oui, les années 50/90, c’est le bon moment pour protester, pour lutter ?” Non. Les luttes que ces grands hommes et grandes femmes ont commencé ne sont pas finies. Elles perdurent, ont laissé des traces, en France comme dans d’autres pays.

Je l’ai déjà dit, je pense que chacun peut contribuer à son échelle à changer les choses. Encore faut-il accepter de déranger le confort des autres, de percer cette respectabilité sousjacente. On adore applaudir ceux du passé, et taire ceux d’aujourd’hui. A nous de continuer, d’aller de l’avant, et de ne pas faire du travail de Martin Luther King, Harvey Milk, Angela Davis et bien d’autres, de simples pages jaunies dans des bouquins oubliés au fond d’une bibliothèque. Arrêtons d’en faire des bande-annonces quand on ne peut même pas regarder en face notre propre réalité.

Combien parmi ceux qui liront cet article diront “ok”, avant de fermer cette fenêtre, sans aller plus loin ?

C’est un peu mieux aujourd’hui. Mais ça peut être encore mieux demain.

This morning , a friend woke me with the sad news of the death of Mandela. Then I saw the tweets, facebook statuses. Then the news and every politician who says his little speech , referring to Mandela as a hero. People love it . Putting the word “hero” with stars in their eyes , to participate tothis circus of contemplation and admiration on these models. Making biopics with good actor / actress , a trailer with a poignant trailer of violin music .

Yes, we do love these icons . Myself, I read their memoires, I watch these films having chills. But not one second , someone stands up and says ” but it ‘s not over .” When we pointed out the current social problems , there are many who shrug their shoulders , with the  same “It’s a shame but that’s how it is .” There are many who claim as illuminated , radicals, those who denounce and even evoke the fact we need to do something. Speaking of action? too radical. It is preferred to hang his little photo of icon above his desk, to keep a book of their memories, then to go to sleep in the comfort of the daily life.

Rosa Parks and Mandela … We let to these men and women today’s problems as if they were all solved. As if today was a better world. It’s a little peak of our bad faith. We just want to keep our slippers .

” It was not like today,” some will say. That is true. It was worse for them. Do you really think that these men have said “yes , 50 /90 is the right time to protest , to fight  ” ? No. The struggles that these great men and women have started are not finished . They persist, have left traces in France as in other countries.

I have already said, I think everyone can contribute to the scale change. However, we must accept to disturb the comfort of others , to pierce the underlying respectability. We love applause those of the past , and silence those of today. We have to continue to move forward; and not to simply keep the work of Martin Luther King, Harvey Milk , and others , in simple yellowed books’s pages forgotten in a library. We should stop to make trailers when we can not even face up to our own reality.

How many people reading this article will say “ok” before closing this window , without going further ?

It’s a little better today. But it can be better tomorrow.