[BOOKREVIEW]“Blues Pour Elise” de Léonora Miano : une belle intro à la Littérature Afropéenne [Fr]

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Depuis le temps que j’attends de vous écrire une telle critique… Pour ceux qui me lisent depuis un moment, vous savez déjà combien j’ai l’habitude de déplorer l’absence d’une mise en valeur d’une littérature afropéenne. Les raisons de cette envie … Continue reading

BOOKREVIEW: Toni (Morrison), what’s going on ?

  In France, a literature similar to traditionnal afro-american literature  (Toni Morrison, Alice Walker, Alex Haley…etc) is not as strong as in U.S.A, I think. We have a lot of essays, of history books, but novels… Not so many. Somehow, I share this afro-american culture which screams the “black History” or “black culture”, because I hardly found something or I never heard anything similar here. Don’t get me wrong, maybe I just don’t know and probably did not go further, but the fact is my mother fed me of these movies like Color Purple and so on, when I was very young. I was 8 when I saw ROOTS for the first time. Since that day, I watch it every year like a ritual (if you want I will talk about that another time). Therefore, it’s in this afro-american influence that my mother adviced me to read Toni Morrison. God, I avoided it during a long, long, long time. Toni’s book alone on my desk, or my bed, or in my bag. Never in my hands. Don’t ask me why, I have no idea. Then, this year for christmas, Home got succesfull in France and, for once, I agreed to read something which was popular in medias and dropped my past century books that I love so much.

Let’s go further after this long introduction : I read Home. Yep. I read it and this book made me feel dizzy. As if I did not correctly hold it, as if I was guilty of something that I did not know. The atmosphere of the novel is heavy, systematically drowning you in a deep way. It is not something that you read to relax, you read it in order to see how look Truth. Not the noble one, the one that we congratulate with a moral weight. No, the other one, the ugly truth of History. Frank, the main character, could steal some sympathy from us. Page after page we could feel sorry and close from his intimate misery, the misery of a survivor soldier after Korea War. Yes, we could, but his life is so ugly by his authenticity that it is uncomfortable to know all the details. It’s uncomfortable to see that we cannot not judge him. How hard we try to understand his sister or him, to understand this reckless and bitter America… We can’t not judge.

I would be interested to know how American readers felt during their reading.

The fact is reading Toni Morrison’s book was tough. It was like eating something so thick that, even if it is good, we don’t really know if we’ll have a stomackhake after that. My opinion will seem mixed to you, so let’s be clear : I liked it :) . I don’t know why, probably because her way of writing “acted” on me, touched me, troubled me. After finishing this book, I felt… thirsty. Yeah. Thirsty. The history itself did not entertain me so much, because it needed to be digested. Analized. It’s just I needed to read more. Like “Toni, what’s happening to me ? what’s going on ?” This is the reason why, now, when I take the metro, I try to find a seat. Not seats which will need to be available when it’s crowded. A comfortable seat. Only then, I can open my purse, letting run my hand in the bottom, and take Tar Baby, another Toni Morrison’s book.

I don’t really know what to think about Toni’s books, because it’s not about to think but to feel.

What I know though, is that I don’t feel thirsty anymore. 

P.S : Good news, this blog will be updated more often now. I closed my others blogs because this one is the most authentic. Let’s see where we’ll go.

Réflexion 3: “Ah non, pas de filles, c’est trop de soucis et ça se fait violer!”

Je l’avoue, il y avait de l’alcool sur la table, et on avait pas mal mangé.
C’était une soirée comme une autre, et puis, je ne sais pas comment, mais nous en sommes venus à parler de proches ayant eu récemment des enfants. C’est là, entre rires éméchés et faux débat que la phrase est tombée : “Ah non, pas de filles, c’est trop de soucis, et ça se fait violer!”. J’ai arrêté de rire. Je leur ai demandé si c’était sérieux. La réponse était soupesée. D’autres phrase du genre ont jailli dans la soirée, mais j’étais comme prise dans une torpeur insidieuse et, la fatigue aidant, je me sentis démunie. La phrase était passée, le sujet avait changé. Mais j’ai bel et bien arrêté de rire.

Sur le chemin du retour, je rentre seule. Je remonte la rue commerçante principale, et un mec m’interpelle dans mon dos. “Eh bébé !” Je ne me retourne pas. “Eh vas-y réponds !”. Je marche de plus en plus vite, et j’entends un lointain “eh la grosse !”. Je tourne au coin de la rue. N’entendant plus rien, je souffle de soulagement en voyant des petits groupes de personnes, mixtes. J’en dépasse un premier, et en même temps que je les contourne, je me rends compte que le mec qui m’a interpellé est juste derrière moi. Je ralentis au niveau du second groupe, et mon harceleur se sent obligé de me dépasser pour ne pas éveiller les soupçons, il se retourne et me fait une grimace avant de rire et de disparaître dans une ruelle. J’attends un peu et presse le pas jusqu’à chez moi. Je finirai mon chemin à marcher au milieu de la rue éclairée, malgré les voitures.

C’est trop de soucis, ça se fait violer“.

Je ne savais pas que j’étais de la “chair à viol”. On m’incombe une passivité, on me détermine un statut de victime potentiel à cause de mon sexe. Pas à cause de la société et ou des potentiels agresseurs; non, dans cette phrase, la potentialité, c’est mon sexe qui en est responsable. Selon elleux, le fait d’être une femme justifie alors le climat anxiogène, il devient le socle de “trop de soucis”. Dans une société qui clame son statut “développée” et “évoluée”, je constate qu’une phrase de soirée vaut tout autant que certains villages d’Inde où des bébés sont tuées à la naissance car une fille coûte trop cher.  C’est ce genre de reportages qu’on te montre comme une vitrine pour te rappeler que t’es pas mal lotie, ici, en France. Je ris.

 On voudrait te faire croire que t’es une femme indépendante parce que tu n’es pas dans ces reportages, qu’il n’y a donc pas besoin de féminisme. Que le féminisme est une affaire de filles enragées qui se plaignent tout le temps. Et, de l’autre côté, tu as ces personnes, hommes ou femmes, qui tolèrent un féminisme “noble”. C’est ceux qui te répondent, un peu pantois “bah, ouais, les droits des femmes quoi”… C’est un féminisme de l’imaginaire qui permet d’alléger les consciences, un peu comme la déclaration des Droits de l’Homme qui sert de caution quand on dénonce les diverses discriminations dans ce pays.

Cet imaginaire de tolérance pratique, ça fait bien, ça évite de se dire qu’on est intolérant. Juste à côté du “racisme, cette affaire de cons isolés”, tu as le “féminisme, cette affaire de droits des femmes”. Ils sont creux, ils ne servent pas réellement et sont totalement déconnectés de la réalité, mais ils rassurent, parce qu’ils sont là. Même cet ersatz de féminisme n’est pas vrai, car très vite, si tu le questionnes, tu verras que ça n’ira pas au delà de “bah les inégalités salariales”. Si tu dépasses cette ligne, ce féminisme-totem: “tu exagères”.

“Le sexisme, je trouve ça drôle”

Un mec m’avait dit ça sur Twitter, quand on lui disait en quoi un clip vidéo était sexiste. En même temps, je le comprends : comment peut-on comprendre le sexisme quand on nous apprend que le féminisme est un vague machin “qui traite des droits des femmes” ? En quoi marcher dans la rue, de soir comme de jour, a un rapport quelconque avec un droit ?

Parce que des gens sont bloqués dans un imaginaire tolérant de concepts vides, le sexisme a des jours heureux devant lui, au point que des femmes mêmes ne réalisent pas son ampleur. Elles se disent qu’elles devrait changer, se contorsionner dans une place que la société peine à leur accorder, histoire d’être safe et tranquille. Cette même société qui lui dit: “tu portais une jupe ? tu l’as bien cherché”, “ah toi aussi, si tu n’étais pas aussi belle, tu n’aurais pas autant d’emmerdes”; “pourquoi tu te plains ? Tout le monde a des problèmes plus graves que de se faire complimenter dans la rue”.

Au delà de l’impact psychologique de ces phrases, et physique des agressions à répétition et variables, l’espace social des femmes est réduit à la fois d’un point de vue spatiale (se contraindre à prendre des chemins éclairés, à faire des détours, etc) et temporelle (il y aura toujours quelqu’un pour induire que je suis responsable du fait que je suis une victime potentielle. Toujours. A répétition.).

Je portais un pantalon jean, un sweat et un blouson. Si le sexisme n’existait pas, je n’aurais pas à me justifier sur la tenue que je portais, mais parce que, précisément, je suis d’emblée responsable d’être une victime potentielle, je dois “m’expliquer”, “convaincre” de mon innocence contre une hypersexualisation que l’on m’attribue sous prétexte de la tenue que je porte. Combien parmi vous se sont imaginés une tenue aussi basique ?

Le sexisme, ce traitement discriminatoire des femmes est ce qui pousse les femmes à revendiquer leur droit de se balader dans la rue sans qu’on les hypersexualise (“avec ta jupe, comment veux-tu qu’un mec résiste ?”, je ne suis pas une poupée gonflable), infantilise (“une femme, ça sort pas toute seule à des heures pareilles”), sans qu’on les retrouve muselées pour avoir dénoncer le harcèlement de rue :

Pour voir jusqu’où cela va, je vous conseille d’aller lire le témoignage de Jack et surtout les réactions immondes de certains. Aujourd’hui donc, on en est à un point où l’on peut lire ce genre de commentaires écrits par des hommes qui ne veulent pas reconnaître leurs privilèges (des mecs qui se disent tentés d’harceler à cause d’une jupe… et ce sont les féministes, les frustrées?) lorsqu’une femme se plaint. Cela explique le HT #safedanslarue. Cela explique que, durant une soirée, des gens soient amenés à penser que la présence future d’autres filles, d’autres femmes cautionnent et participent à ces harcèlements. Avant même de naître, ces gens refusent à ces futures filles d’être considérées comme des victimes, et préfèrent les concevoir comme des problèmes.

Alors, dis-moi, est-ce que tu ris toujours ?

Week-end Paris-Lyon et Twitter meeting

Je devrais écrire mon mémoire, la page est déjà ouverte. Mais il fait beau alors je prends quelques minutes pour parler de ce week-end à Paris et Lyon. J’ai vagabondé çà et là. J’ai couru entre les métros pour la performance non-identifiée de Léonora Miano pour Just Follow Me Mag: grosse claque. mais aussi assisté aux Ecrans Mixtes avec une séance de débat assez décevante. Mais ce que je retiens particulièrement, c’est la rencontre de ces super personnes rencontrées via Twitter. Des conversations drôles et intéressantes, et parmi elle, une discussion sur la nécessité de créer du contenu francophone sans complexer face à un académisme qui demande des preuves.

L’exclusion et la discrimination sont et devraient être considérés comme des arguments valables pour qu’on refuse de faire la queue en attendant l’aval de “nos pairs” excluants pour certains. J’ai appris en quelques mois une quantité incroyable de choses juste en parlant avec ces personnes; et j’ai découvert à quel point la plupart des gens que je lis ou suis s’interrogeaient également sur la légitimité de leurs propos. Poser un visage, une voix et une attitude était quelque chose d’excitant et de rassurant: c’est un peu comme voir une substance virtuelle des relations via les réseaux prendre vie.

J’ai découvert que cela me manquait de ne pas échanger en vrai sur ces questions avec des personnes qui s’y interessent. Je ne peux pas avoir une conversation sans relever – silencieusement ou non – ces particules de discours xénophobes, homophobes, grossophobes et autres, alors retrouver des gens conscients de cette réalité, c’était un peu comme trouver un espace safe et souffler. Je n’avais pas à me mettre en veille.

Rencontrer d’autres partisans anti-oppressions, c’est être conscient de la proximité d’un réseau virtuel dans la vraie vie. @manyyyy que j’ai rencontré durant cette escapade m’expliquait qu’elle concevait Twitter uniquement comme une interface et qu’elle s’était étonnée de voir que le passage IRL n’était pas évident pour tout le monde. Pour moi, dans le cadre militant, j’ai la sensation que cette timidité nous perd un peu et nous distancie de la notion de mouvement.

Ce genre de week-end me fait penser qu’il n’y a pas nécessairement de besoin de meeting et ou de banderoles pour avoir des réunions et discussions : parler féminisme devant un bagel n’en est pas moins militant. En tout cas, je sais maintenant que je vais multiplier les expériences du genre en rencontrant çà et là ces gens que je lis depuis des mois.

Nappy : seulement une affaire de cheveux ?

“D’accord, mais faudrait penser à te coiffer !”

C’était l’été dernier. Un été ensoleillé à Paris, une visite anodine à une grande tante aux cheveux courts et crépus. J’avais déjà eu la peur au ventre à l’idée d’arriver dans les locaux de l’entreprise où je faisais mon stage à cette époque. La raison ? Mes cheveux relâchés, cernés d’un headband. C’est ce que l’on appelle plus communément un afro, mais encore aujourd’hui je me demande si son simple nom n’est pas révélateur de tout ce que cela induit. J’étais donc chez ma grande tante, dans le cercle familial, espace donc familier et safe dans notre société, celui où l’on peut être soi-même. Pourtant, ça n’a pas raté. Un regard appuyé sur ma chevelure, de ceux que j’avais rencontré dans le métro, dans la rue, dans les magasins, dans la boulangerie où j’avais pris mon déjeuner. J’attendais cette remarque et pourtant, quand bien même je m’y étais préparée, elle me sembla injuste.

A cette période, je découvris le “nappy“.

NAPPY QU EST CE QUE C EST ?

Les définitions se croisent et s’entrecroisent, mais pour faire simple, le terme nappy désigne l’état des cheveux afros au naturel, n’ayant pas subi de traitements chimiques comme le défrisage, et sans recours aux tissages. Il se concentre sur la valorisation du cheveu naturel (coiffures protectrices nattes, afro puff, locs, etc). Ce terme s’est étendu et est devenu qualificatif d’une personne : on dit d’une personne “nappy” quelqu’un conservant ses cheveux au naturel, mais cela peut faire référence à un mode de vie, ou de pensée. Le fait est qu’être nappy souligne le fait d’assumer la nature crépue du cheveu face à la société.

Qu’est-ce qu’une histoire de cheveux à avoir avec la société ?

“Je peux toucher ?”, “Comment tu fais pour coiffer  CA ?”,”Moi, je ne pourrais jamais”, “faudrait songer à coiffer tout ça hein”, “va te faire tresser, y a pas idée de sortir avec une tête pareille”. Mesdames et messieurs, je vous présente la société face à une personne arborant un afro. Je ne peux restituer les regards appuyés ou amalgames faits entre cheveux crépus et saleté/négligence qui sont faits mais sachez que ces préjugés font bien partie de cette liste.

Qu’il s’agisse des propos ambiants ou de la représentation qu’en font les médias, l’état naturel des cheveux afros est présenté dans une singularité problématique par rapport aux modèles de beauté véhiculés, tourné en dérision (dois-je mentionné l’origine des cheveux de clown ? Google, mes amis).

“I am a bit of a fundamentalist when it comes to black women’s hair. Hair is hair – yet also about larger questions: self-acceptance, insecurity and what the world tells you is beautiful. For many black women, the idea of wearing their hair naturally is unbearable.”

“Je suis un peu fondamentaliste quand cela vient aux cheveux des femmes noires. Les cheveux sont des cheveux – cependant, il y a des questions plus larges: l’acceptation de soi, l’insécurité et ce que le monde vous dit être beau. Pour beaucoup de femmes noires, l’idée de porter leurs cheveux au naturel est insupportable.”
Chimamanda Adichie Ngozi

Dans le reportage ‘Les marches de la liberté” de Rokhaya Diallo, des étudiantes afro-américaines s’étonnaient même de voir la ministre Christiane Taubira arborée des tresses, compte tenu de sa fonction politique et précisaient qu’il leur serait impossible de faire la même chose aux U.S.A selon les postes qu’elles occuperaient. Par le rejet du cheveu afro naturel, et le déni de ce qu’il est en faveur de la manière dont il est perçu, les cheveux afros subissent les mêmes mécanismes nocifs d’”assimilation” et d’”intégration”, similaire à la corrélation faite entre ascension sociale et les couleurs de peau plus claires. S’il est évident que les femmes afros ont chacune un rapport individuel à leurs cheveux, on ne peut néanmoins nier les discours stigmatisants vis-à-vis de la texture crépue de cette chevelure au sein des diaporas, le tout encensé par une pression sociale omniprésente et oppressive.

Les femmes noires ne sont pas les seules victimes de cette marginalisation, mais leur position de femme noire les rende victimes d’une pression sexiste et raciste, étant donné que le cheveu crépu appartient à un imaginaire raciste en tant que trait négroïde et qu’en tant que femme, elles font l’objet d’une pression sexiste visant leur apparence. Lupita N’yongo est l’exemple même de l’incarnation de ces caractéristiques au coeur de cette industrie, et son succès auprès des communautés afros s’explique notamment par cette réalité.

Le nappy apparaît donc pour beaucoup comme une réponse vindicative, une réappropriation d’un trait physique lourdement stigmatisé et marginalisé, pour lequel il est nécessaire de faire une campagne et de le revaloriser à la face du monde.

Sommes-nous toutes crépues ?

Comme le colorisme (c’est-à-dire les impacts sociaux liées aux degrés de couleur de peau – en gros), le degré crépu du cheveu afro varie, et l’uniformisation d’un grain de cheveu négroïde appartient également à une représentation raciste : on le voit dans les gammes de produits capillaires où un shampoing est destiné à lui seul aux cheveux frisés, bouclés, crépus, etc. Dans les cercles nappy, la question est donc posée : quel type de cheveu as-tu ? Cette simple question ouvre et prend en considération les textures des cheveux; et met d’ailleurs en avant  un système de classification  très peu connu. La texture très souple et bouclée sera donc privilégiée et appréciée aux dépends d’une texture très crépue : plus le cheveu se rapproche d’une texture lisse et souple, aux boucles apparentes, plus il se rapproche des modèles de beauté véhiculés.

On peut donc s’interroger sur l’ambiguïté d’un imaginaire nappy qui suscite l’image d’un cheveu afro idéal, motivé par le culte de la pousse à tout prix, stimulé bien souvent par le fait de prouver que les cheveux afros peuvent être longs “eux aussi”… Prouver “malgré leur différence” ? Et à qui ? La sublimation du cheveu afro peut  parfois supplanter l’acceptation.

En conséquence, l’axe d’acceptation peut être problématique selon ce qu’il vise : l’acceptation aux yeux de la société ? de la communauté nappy ? des diasporas ?  N’est-il pas plus logique d’accomplir une acceptation de soi plutôt qu’extérieure à soi ?

Nappy, un mouvement ou une tendance ?

Il est difficile de mesurer l’impact de ce phénomène, ou encore d’identifier ce qui relève du mouvement ou de la tendance. J’ai relevé à titre personnel, et de manière non exhaustive, les symptômes de ce phénomène.

  1. En terme de mouvement, il est clair qu’il y a une mobilisation puisqu’elle reste marquée par une scission réelle : en effet, l’effervescence du nappy a conduit un discours radical sévère envers les femmes noires ayant recours aux tissages et/ou aux défrisages; dénonçant le caractère aliéné que Frantz Fanon évoquait lui-même dans Peau noire, masques blancs par cette tentative de se rapprocher des codes de la beauté occidentale. Comme tout mouvement, le nappy a ses radicales, dirons-nous.Pour autant, ce radicalisme n’est pas inexpliqué mais plutôt symptomatique d’une prise de conscience : pourquoi faudrait-il cacher/porter “en attendant” la nature réelle des cheveux afros ? Pourquoi devrait-il être source d’un compromis perpétuel avec le cadre du travail là où une femme aux cheveux lisses n’aura pas les mêmes regards ? Pourquoi, aujourd’hui en 2014, certaines femmes noires doivent se réhabituer à marcher dans la rue avec un afro, avec la peur des regards ? Le radicalisme d’une part du mouvement nappy est une réponse à un climat anxiogène, ancré depuis  très longtemps et qui varie selon les pays. Aux U.S.A, beaucoup de conférences et salons ont été initiés par des blogueuses, phénomène qui se retrouve en Europe, plus timidement selon les endroits.Ce radicalisme tire également ses racines dans le mouvement des Black Panthers ou plus largement des Black Feminists comme Angela Davis.
    S’ajoutant à cela l’aura des locks – qui ne sont pas exclusives à la culture rasta, mais rencontrent différentes déclinaisons selon les pays et ethnies – on peut donc considérer que la force de ce consensus puise ses racines au coeur de différentes diasporas noires.
  2. En terme de tendance, personne n’a raté le boum des tumblr nappy, ni même les blogs destinés aux cheveux afros naturels. Mais cette tendance s’est particulièrement cristallisée par son esthétique et ses icônes. Le meilleur exemple est sans conteste le clip Losing you de Solange Knowles, affublée du titre d’it-girl et icône du nappy.


    Esthétique des sapeurs congolais, looks afros ultra léchés et coupe emblématique afro : un univers artistique qui peu à peu prend le pas dans les grandes industries, notamment celle de la mode avec une expansion du wax, un tissu africain, dans les plus grands défilés.
    Néanmoins, le nappy n’est malheureusement pas exclusif à une démarche de réappropriation; les grandes marques de shampoing et autres cosmétiques bio, handmade et co. se multiplient et veulent croquer dans la même pomme; à coup de karité et de senteur noix de coco pour conquérir un public conscient des failles dans ce que le commerce leur propose. La tendance dilue ainsi la traçabilité des différents acteurs, entre opportunistes et réelle possibilité de faire émerger d’autres design basés sur des codes esthétiques culturellement différents.

  3. Il y a également une démarche body-positive derrière cette réappropriation : les blogs personnels de certaines femmes retracent souvent comme un parcours évolutif de leur retour aux cheveux naturels. On pourrait même dire que celle-ci a une narration récurrente : l’instant du big chop, soit le rasage des cheveux abîmés par les produits chimiques ou dont le grain a souffert de son traitement sur plusieurs années; puis la repousse et avec elle, il y a parfois une conversion à un mode de vie plus sain en terme d’alimentation, de l’implication de soi dans des produits fait-maison, etc. Si ce schéma est bien sûr approximatif, il résume ce que l’on retrouve dans différents profils d’adeptes nappy sur le net.Cet engouement permet la visibilité des documentaires comme Dark Girls sur le colorisme, ou la production d’images body-positive dans des campagnes comme “I am a girl I am beautiful the way I am”.

Nappy, exempt de tout reproche ?

Nous l’avons évoqué plus haut, un discours pénalisant à l’égard des femmes n’étant pas nappy peut reproduire les rouages d’une élite, se rapprochant d’un idéal de la femme noire. L’appel à la prise de conscience fait souvent place au jugement impartial, niant ainsi que, malgré le modèle positif qu’incarne le nappy, il est question avant tout de choix d’une femme et d’individu – ce qui n’est pas sans rappeler le discours de la bonne féministe/la bonne femme dans le milieu militant. Poser en prophète ces différentes icônes est juste une autre manière d’imposer des diktats de beauté dont la narration serait différente : c’est le principal écueil.

Ce qu’il me paraît intéressant ici, est de comprendre en quoi le cheveu afro devient politique comme le dit  Chimamanda Adichie Ngonzo : c’est l’ensemble des rapports de domination reposant sur les discriminations actuelles qui contribuent à la consolidation de structures et d’espaces safe. Le mouvement nappy émerge comme étant une plateforme où le radicalisme de certaines communautés est une réponse préventive à un marché varié et opportuniste : les acteurs relèvent à la fois du designer indépendant créant sa propre marque que des grandes firmes occidentales, et tous contribuent à un imaginaire de la femme noire dont différents aspects seront grossis selon les dominants. Les dynamiques économiques et culturelles sont donc  indissociables.

Penser le nappy comme une futilité capillaire, c’est juste intégrer le discours réducteur des magazines féminins pour mieux ignorer en quoi la valorisation du cheveu afro est un symptôme d’une oppression beaucoup plus grande.  Il formule, dans un premier temps une réponse à une narration raciste et sexiste (car les hommes contribuent, activement ou passivement, au maintien de ces oppressions en se tournant eux aussi vers les modèles occidentaux véhiculés, la femme à la longue chevelure blonde, etc); mais aussi propose une ouverture body-positive pour la femme noire qui, au cours de l’histoire, a été animalisée et est encore aujourd’hui hypersexualisée (rappelons que la Vénus Hottentote avait été exposée uniquement à cause de son physique et que ses organes génitaux ont justifié la fascination de médecins français, au point de conserver son corps. Just saying…).

Le nappy n’est donc futilité que si on le traite comme tel.

Les gens et le racisme, un problème d’égo

mrsroots:

Un bonne réflexion à l’issue d’une discussion avec Ms Dreydful sur cette tendance à faire du racisme une affaire d’égo offensé qui nie le système des oppressions et enrichit l’idée que le racisme est tabou. A cet article, j’ajouterai seulement qu’à réduire sa réaction “je ne le suis pas” et non une seule fois à un “pourquoi tu dis ça ?”.

Originally posted on Ms. DreydFul:

On en parlait avec @mrsxroots , et ça m’a donné envie de faire un court post dessus (du moins, je vais essayer de faire court).

Les gens ont un problème avec le racisme. Déjà, ils ont un problème de définition. Et de ce problème de définition, ils ont face à celui-ci une attitude manichéenne, où il y aurait d’un côté les vilains racistes méchants pas-beaux, comme ces gens du FN (Bouuuh!) et de l’autre, les gentils gens tous antiracistes qui voient pas les couleurs et qui ont des amis noirs d’abord (ou qui sont eux-même noirs!). Et quand vous dites à quelqu’un qu’il est raciste, voilà ce qu’il comprend : “Quoi!? Tu veux dire que je suis comme ces vilains gens du FN pas gentils, pas beaux???”

Ceci est un problème, et fait tourner toute la conversation autour d’un problème d’ego (le votre, d’égo). Quand on vous dit que…

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Réfléxion 2: “Les noirs sont toujours des dominés”

“L’histoire des Noirs n’a pas commencé avec l’esclavage”

Si hier soir, tu étais devant le reportage de Capital sur l’Ethiopie et les rythmes de production de certaines entreprises managées par des Chinois, si devant cette émission, tu t’es retrouvé à penser “Les noirs ont toujours été des dominés”. Ou si simplement, tu as déjà et/ou penses toujours de cette manière: Félicitations, tu as intégré le racisme ambiant !  

L’autre fois, je te parlais déjà de cette nouvelle tendance du “raciste mais pas trop”. Mais c’était sans compter le racisme que tu portes en toi. Oui, tu sais, cette petite part qui te fait sortir des phrases toutes faites telles que : “Les noirs sont toujours des dominés”.

D’où ça vient ? Instinctivement, tu es tenté de te justifier, de pointer du doigt tes cours d’histoire, de dire qu’il n’y a qu’à voir ce qu’on dit à la télé, en cours d’histoire ou ailleurs. Tu vas me parler des bébés africains avec le ventre gonflé qui meurent de faim, et de la famine. Tu vas me parler des guerres aussi. Tu vas me sortir ces images symptomatiques d’une Afrique de misère, parce que c’est ce que tu as toujours vu. C’est ce qu’on t’a appris. Tu oublieras soigneusement le règne des Egyptiens, car l’on t’a appris cette dissociation entre l’Afrique noire et l’Afrique du Nord et tu te perdras dans cette masse informe de ces pays dont tu oublies le nom.

C’est cette masse, ce bloc massif qui fait d’un reportage sur une usine en Ethiopie, accoucher d’un généralisant et rabaissant “Les noirs sont toujours des dominés“. Ah tiens, les Noirs sont forcément des Ethiopiens ? Il existe un pays appelé la Noirie ? Je ne savais pas. La vérité, c’est que ce racisme intégré est, bien qu’institutionnalisé, le résultat de ta méconnaissance. En Afrique, ce continent aux nations diverses, en 2013, des projets émergent: que ce soit dans la mode, les technologies, l’écologie…Etc.

C’est la faute aux autres, à la société aussi.  C’est pas faux. Mais c’est aussi la tienne.

Je ne suis pas plus intelligente, j’ai découvert tardivement qu’il y avait autre chose. Qu’il y a eu des Empires, des rois et reines. Que durant l’esclavage, la colonisation, il y a eu des résistances, des luttes, des victoires comme des défaites. Tu savais qu’il y avait eu des romanciers esclaves, bien avant le film 12 years a slave ? Que De Gaulle s’était réfugié à Brazzaville pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Moi pas, alors j’ai fouillé, j’ai lu sur le net çà et là. J’ai parlé à des gens et j’ai posé des questions. Ce dont tu te rends compte, c’est que ces mêmes personnes qui te font ce portrait de l’Afrique ne savent pas plus que toi.

Ne pas savoir est une chose. Mais savoir qu’on ne sait pas et perpétuer cette ignorance, c’est cautionner et véhiculer encore ces portraits. Si tu fais le choix de ne pas réfléchir parce que l’Afrique ne t’intéresse pas, de quel droit juges-tu  alorsce qui s’y passe ? De quel droit nies-tu simplement son évolution ?

C’est qu’un tweet. Qu’une opinion. Mais penser que nos opinions sont des productions individuelles, indépendantes de tout ce que nous avons appris, de tout ce que nous voyons, entendons autour de nous; est faux. C’est se donner trop d’importance alors que nous ne faisons qu’articuler des généralités du fait d’un discours général ambiant. Notre parole reprend une narration dominant nos individualités. En d’autres termes : ces généralités toutes faites qu’on dégobille comme si elles étaient le produit de nos réflexions les plus intenses, sont simplement les résidus d’opinions plus grandes que nous. 

On t’a appris que la pluie gelée était désignée par le mot neige. Mais il y a un peuple qui utilise neuf termes pour désigner ce que tu vois, parce qu’ils ont appris à distinguer neuf états de cette neige. Qui a raison ? Tu n’es pas mieux qu’eux, ils ne le sont pas mieux que toi. Alors comment on fait ?

La question n’est pas de déclarer la véracité de ce qu’on ne connaît pas, mais de questionner la véracité de ce que l’on connaît déjà.

Les pays africains ont une histoire avant l’esclavage, et ils en ont une encore aujourd’hui. En 2013, il y a des hommes et des femmes qui changent leurs pays. Mais toi, tu balayes tout ça, leurs histoires, leurs combats et leurs identités parce que ce ne sont que “des noirs qui ont toujours été des dominés“. Non, ce que tu sais faire, c’est regarder la télévision en tweetant sur ton portable; parce que c’est plus facile, plus rassurant, de regarder ce qui passe à la télé.

Intersectionnalité : Black x Asian movement

Je me soucie souvent d’entretenir un esprit intersectionnel dans les sujets qui m’intéressent. Autant, il est facile d’identifier des mouvements externes à ceux qui nous concernent (mouvement lgbtq; body-positivity, etc). Autant, quand il s’agit de courants internes au racisme, par exemple, on songe à l’islamophobie, l’antisémitisme, puis ça se complique quand on cherche à s’intéresser à leur corrélation ( “ça se complique” se traduit souvent la flemme de tout lire et de croiser toutes les sources) . Et dans ce même groupe, il y a des invisibles.

Depuis longtemps déjà, je me suis interrogée sur les minorités asiatiques en France: “que l’on ne voit pas, que l’on n’entend pas” est le moto qui les vise quand on parle d’anti-racisme. A l’issue de HT sur l’exotisation des femmes non-blanches anglophones sur Twitter, il était intéressant d’entendre les femmes issues de ces minorités sur les questions du métissage, de l’exotisme, des clichés racistes, du sexisme…etc. Je parle bien en terme de visibilité, les réseaux sociaux ont eu cet avantage de me montrer ces communautés au sein de l’anti-racisme.

Ce qui me fascina davantage, c’est l’entraide entre certains militants noirs et asiatiques, conscients de leurs enjeux communs.

Pour aller plus loin, voilà quelques lectures que j’ai effectué pour l’instant (cet article est sujet à être modifié ;) ):

Yuri Kochiyama: http://www.cases-rebelles.org/yuri-kochiyama/

Guy Kurose: http://www.cases-rebelles.org/guy-kurose/

Why did I cry for Fruitvale Station ?

In France, some critics said this movie was horribly binary and manicheist because of the form of the movie, which depicts the daily life of Oscar. They simply don’t understand that it is not about being truthful, or being objective. This is not a thesis. This is about race, this ugly truth about discriminations.

This movie depicts a man who thought he would spend a good night for New Year Eve with his friend, a mother who said to his son to take the train for being safe.All the possibilities of a better life : this is about a man who thought he would wake up the next day. But he did not. Because he got shot for being black. Not for being at the wrong place, at the wrong moment, nor being violent. I watched the video you can see on youtube, and this decided gesture of the cop shooting him is desperately truthful.

I don’t live in USA, but I cried because it could have been my brothers/cousins/boyfriend/friends instead of Oscar. I cried also because there are too many cases like this – do I have to mention Trayvon ?

Sometimes people ask me “how come you feel close to afro-american community ?”I guess it’s reassuring for them to think what we live in Europe is not the same, that they are “not as bad as americans” or what else… I guess it’s easy to deny race issues by putting it far away from Europe.

Yet, the fact is the reason I cry for is the same reason I feel the pain they have: because we have the same color.